"Ce spectacle est dédié à tous les mineurs d’hier, d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs"

La Cie Vita Nova


Générique :
Une pièce de et avec Stéphane Ropa
Comédienne : Floriane Potiez
Mise en scène : Philippe “Luigi” Olivier
Co-écriture, documentation, costumes : Anne Dartigues
Musique :
Marc Dechaumont
Lumières : Guillaume Parra
Animations vidéo : Bernard Dartigues
Régie de scène : Marie-Laurence Fauconnier
Régie son : Olivier Duchêne
Avec la collaboration de Janine Marc-Pezet

En partenariat avec les villes de Lens, Auby, Gaggio Montano (Italie), Lachaux, le Printemps culturel du Valenciennois (Raismes, Quiévrechain, Haveluy), le musée de la Mine Jacques-Déramaux (Auchel), le Bassin minier UNESCO.

Synopsis :
Pièce pour au moins un comédien, une comédienne, une musique originale, un projecteur vidéo, cinq costumes et trois régisseurs.

L’histoire part d’Italie, d’un petit village de montagne situé au Nord du pays. C’est la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes en octobre 1944.

Le personnage principal est un très jeune Italien, un Arlequin, Nino. Il est l’aîné des garçons d’une famille de six enfants. Un drame familial va le contraindre à immigrer dans le Nord de la France, paradis rêvé, terre d’espoir et de travail. Son seul objectif et sa fierté : subvenir, « de là-bas », aux besoins de sa famille restée au pays.

En quittant les siens, il ne sait absolument pas ce qui l’attend.

Débarqué à Douai, Nino découvre la vie parquée et ghettoïsée dans les corons. Tout y est rangé, classé par nationalités.

Lors de son arrivée, il est accueilli comme « logeux » chez des Polonais (Tata et Hélène), puis rencontre l’équipe de la taille Simone (le Vieux Louis, Ahmed, Alfred) et le Directeur, un diable qui n’a qu’un mot à la bouche : augmenter le rendement. Nino croise également le regard de Jeanine, la jeune lampiste, fille du Vieux Louis, le mineur ch’ti.

Il se retrouve dans la « cage » avec ses partenaires d’extraction, dont le Ch’timi, qui n’a pas bon regard pour ces étrangers venus manger son pain blanc. Il lui faut pourtant les former, les accepter. Nino découvre vite que ce soi-disant paradis terrestre n’est autre qu’un enfer, un gouffre, la fin d’une première vie.

S’il se lie immédiatement d’amitié avec Tata, Ahmed et Alfred, il est très vite confronté à la dureté de certains propos du Vieux. Heureusement, le sourire de Jeanine l’autorise à rêver d’un avenir plus joyeux.

Le soir, Nino relate dans une correspondance imaginaire avec sa famille restée en Italie tout ce qu’il vit et rencontre dans les corons…

Una storia :
« Mon père est mort, tué par les Allemands. Il fallait nourrir ma mère, mes sœurs, mon frère, restés en Italie… et j’étais l’aîné. Je suis arrivé en France en 1948, pour travailler au fond, à la mine. »

Tous deux dans le lit, j’ai 10 ans quand, pour m’endormir, mon grand-père me raconte l’histoire de son immigration.
Immigré de son pays, immigré de la vie, comme tant d’autres, Italiens, Belges, Polonais, Marocains… quittant leur pays pour un pseudo-paradis d’espoir, de renouveau et de travail, pour arriver à la même destination plusieurs centaines de mètres sous terre : au fond de la mine. Après la Seconde Guerre mondiale, le Nord de la France convie à son terrain économique de nombreux ouvriers étrangers. Des accords sont passés entre les gouvernements. On échange des milliers d’hommes contre des tonnes de charbon !

Un grand nombre d’entre eux ne retourneront jamais dans leur pays d’origine… Les déracinés. Nino Ropa, mon grand-père, est de ceux-là. Mineurs du Nord, mineurs de France, ils ont écrit l’Histoire ouvrière de ce pays que portent encore aujourd’hui les enfants et les petits-enfants de ces gueules noires.

Mineurs dell’arte raconte et met en lumière l’universalité et l’intimité de ces gratteurs de fond.
Le récit emprunte sa légèreté, ses archétypes, à la commedia dell’arte. Ainsi, on reconnaîtra l’Arlequin (Nino, le mineur italien), la Jeune Première (Jeanine, la lampiste), Pantalone (le directeur de la mine), le Vieux (Louis, le mineur ch’ti), les Valets (les mineurs polonais et marocain, Tata et Ahmed), le Zanni (Alfred, le mineur belge).

Avec humanité, humour, émotion et drôlerie tous viennent jouer la commedia au fond et au jour !

Stéphane Ropa

Mémoires…
« Mon grand-père était mineur. » Cette phrase était enfouie au fond de moi. Il aura fallu que Stéphane Ropa nous embarque dans cette aventure pour que je me la réapproprie. Le déclic est venu cet été, quand nous montions à Lachaux pour interviewer les mineurs de l’uranium. Cette route que j’aime tant, je m’y revoyais petit dans les années 1960, assis à côté de mon grand-père dans la vieille Peugeot 203 craquant ses vitesses dans les virages qui nous montaient dans les bois pour ramasser des champignons. Pour moi, petit citadin, c’était magique ! Je me suis aperçu, ce mois d’août 2008, que mon grand-père s’y revoyait certainement assis dans la benne du camion qui l’avait mené au fond des puits de Bigay ou de Reliez entre 1946 et 1955…

Histoires d’immigrés, histoires d’ouvriers, Mineurs dell’arte fait référence à l’Histoire de France, à ces Trente Glorieuses, au redressement d’une Europe à genoux après deux guerres sanglantes. C’est aussi une tentative de retrouver notre mémoire à travers la leur. Mémoires personnelles et collective, enfouies et reniées lors de la fermeture des puits français dans les années 1980.

Il s’agit pour moi de me souvenir aussi de ces trente années passées comme régisseur, au service d’artistes et de leurs spectacles que j’aime tant. C’est ma première mise en scène, en tout cas la première que je signe. Ne vous inquiétez pas, ce ne sera pas un “spectacle de technicien”, j’aime trop les comédiens et les musiciens. On va rire, sourire, s’émouvoir et pleurer comme dans la vie, et j’espère au bout du compte, vous régaler.

« Quand on n’a pas de mémoire, on n’a pas d’imagination, quand on n’a pas de mémoire, on ne peut pas rire, Monsieur ! »,j’essaierai de me souvenir de cette phrase de Ferdinand Faure *, de tout et du reste !

Philippe “Luigi” Olivier
* Ferdinand Faure, alter ego de Philippe Caubère dans ses pièces autobiographiques.

 

Rien comme il faut
Faire venir au théâtre un public de « profs de gauche », lui proposer un spectacle sur le milieu ouvrier brassant les thèmes de l’histoire industrielle, de l’immigration, des luttes sociales, c’est possible à Paris, à Avignon (en juillet), dans quelques Centres dramatiques nationaux…
L’autre public, « celui-qui-n’a-pas-l’habitude-ni-les-codes », préfèrerait les tournées défraîchies de boulevard poussif, les comiques vus à la télé, les sosies de chanteurs de charme morts. C’est du moins ce qu’on voudrait nous faire croire.

Depuis plus d’un an, nous jouons, dans les salles de sport d’anciennes cités minières, un spectacle où deux comédiens interprètent seuls douze ou treize personnages, sans décor, sans accessoire, mais en plusieurs langues. Une pièce sur la mine, la vie (et la mort) au fond et dans les corons, la cruauté des rapports sociaux, les violences faites aux étrangers, l’angoisse des femmes qui attendent. Devant des ouvriers, des banlieusards – et de province, encore ! –, des chômeurs. Nous racontons leur histoire à d’anciens mineurs accompagnés de leurs épouses, et chaque représentation apporte ses exclamations, ses commentaires, « J’avais la même robe », « Je me rappelle la grève en 48 »… Le public de Mineurs dell’arte bouge, parle, réagit, se fait entendre comme il le faisait, dit-on, du temps de Molière.

Nous avons la prétention de présenter un spectacle très simple, très beau, très intelligent, au public le plus difficile : celui qui ne va pas au spectacle. Et qu’il en sorte ému, éveillé, fier et joyeux.

Nous ne faisons pas un théâtre convenable.

Anne Dartigues

Galerie de gueules noires :
Pour créer cette pièce, nous avons rencontré et interviewé une quarantaine d’anciens mineurs, leurs épouses et leurs enfants, de toutes origines. Grâce à ces rencontres, nous avons réveillé une mémoire vivante et irremplaçable sur la mine dans la deuxième moitié du xxe siècle.



Nous souhaitions que le public puisse découvrir ces documents. Les interviews filmées sont donc disponibles dans leur intégralité sur ce site.

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