JEUDI 11 SEPTEMBRE, c’est la rentrée avec LES GUEULES BLANCHES DU FOREZ,
VISITE GUIDÉE PAR LUIGI

Vue
de Roffin et Reliez
Vendredi 22 août 2008, 13 heures, c’est les vacances…
Nous pique-niquons en famille à “le Faux” après “chez Terrasson” dans
un pré à vaches à côté de Lachaux, Puy de dôme, dans les contreforts
nord du Forez. J’adore ce coin, c’est le pays de ma mère, née à Ris,
une petite commune à côté, plus bas, au pied des montagnes, au confluent
de la Dore et de l’Allier entre Thiers et Vichy, le pays des couteaux,
de l’eau et du verre, à cause de la silice…
Promenades dans les bois, champignons, myrtilles, quand on est bredouille
on s’arrête à “Bancherelle” cueillir des mûres, on passe dire bonjour
à mon cousin aux “Vignolles”, en rentrant on passera à Châteldon acheter
de l’eau, elle est trop bonne, et surtout moins chère qu’à Paris où on
ne la trouve que chez Fauchon ! Ce week-end on ira peut-être manger
une friture au bord de l’Allier, il y a la fête à Lachaux dimanche, on
y montera, c’est sympa, le vide-grenier, la musique, les artisans qui
exposent, le bistrot refait le plein pour un jour, on achètera du miel
et puis on mangera au « stand des spécialités multiculturelles »
confectionnées par les Chaulards de toutes origines, le soir c’est truffade
à la salle des fêtes, tout le monde participe, tant mieux !
Je disais donc, vendredi 22 août, 13 heures, les enfants jouent dans
le pré, on fait des tartines de pâté (avec des cornichons), on croque
des tomates, Je regarde Anne, il fait beau, une chance cet été… Le téléphone
vibre dans ma poche, un miracle ! Pas souvent de réseau dans ce
coin reculé d’Auvergne, c’est M. Selosse, maire de Lachaux, qui m’a laissé
un message, je l’écoute.
« Rendez-vous ce soir à 18 heures à la mairie, je vous présenterai
aux anciens mineurs de la commune, il seront quatre, à tout à l’heure ! »
Des mineurs à Lachaux… Faut que je vous explique !
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Charles Raynaud,
Alexis Bert et M. Thave en octobre 1924 |
Tobernite de Bigay (Lachaux) |
1924, M. Thave maire de Ris, minéralogiste à ses heures, découvre de
l’uranium sous forme d’autunite, chalcolite et parsonsite à “Bancherelle”
et “Roffin” sur les communes de Ris et Lachaux. Parallèlement M. Demarty
de Chamalières qui prospecte en Auvergne, découvre lui aussi du minerai
plus à l’est de Lachaux, chez “Bigay”. Une guerre de parcelles se déclenche
entre les deux hommes, c’est M. Thave qui obtiendra la concession le
22 octobre 1929 par décret ministériel. Il exploitera l’uranium à “Roffin”,
le filon affleure le sol sur 40 mètres, on creuse une tranchée… Le minerai
ainsi récupéré sert à fabriquer du radium pour les premières radiothérapies,
découverte de Marie Curie. Pendant ce temps la population regarde tout
ça d’un œil amusé et bienveillant, trop occupée aux travaux des champs
(polyculture et élevage sur des petites parcelles) : les hivers
sont rudes dans ce pays, on travaille à domicile pour les coutelleries,
on est sabotier ou vannier.
1939, arrive la “drôle de guerre” et l’Occupation. Le pays souffre, le
gouvernement s’installe à Vichy, Pierre Laval est de Châteldon, on le
voit passer parfois le matin à Ris dans sa limousine noire partant à
son sale boulot… Les otages sont nombreux dans le coin, beaucoup sont
envoyés à Dachau ou Auschwitz via Compiègne, en 44 le maire de Lachaux
mourra dans le train de la mort dans les bras de son ami, Alexis Bert,
revenu miraculeusement au pays à la Libération. Ce dernier racontera
une fois rentré qu’en traversant Ris, durant la descente de Lachaux à
la gare de Vichy dans le camion de l’armée allemande, il a passé la tête
hors de la bâche pour voir une dernière fois son pays. Il a aperçu une
petite fille de 11 ans un peu affolée, il lui a fait un signe, elle a
dû lui répondre, mais un des gardes allemands l’a assommé à coups de
crosse, il s’est réveillé à la gare. Il dira plus tard à cette enfant
devenu femme que cette “vision” l’a souvent aidé à ne pas mourir au camp…
Cette petite fille, est devenue ma tante, Ninette Collonges.
Pendant la guerre la nourriture est rare, faut bien nourrir le “beau
monde” à Vichy, les femmes vont faire les ménages dans les hôtels, la
vie bat son plein à la ville !
Mai 1945, ouf ! L’armistice. La vie reprend…
Août 1945, Hiroshima, la bombe résonne jusqu’en Europe, le gouvernement
de la Libération crée le Commissariat à l’Énergie Atomique qui se lance
dans un grand travail de prospection d’uranium à travers toute la France.
Début 46 il rachète à M. Thave sa concession pour la somme de vingt millions
de francs. Les prospecteurs du CEA débarquent à Lachaux du 27 mars au
29 avril 1946, puis du 23 juillet au 22 août, le 25 octobre une mission
fixe s’installe dans la commune, on embauche et on commence à creuser
à “Roffin” un travers-banc (galerie directement dans le filon à partir
du sol, sans puits). Le 2 janvier 1947 le CEA crée un service de recherche
à Lachaux. Le 23 août 1947, le ministre de l’Industrie et du Commerce,
Robert Lacoste, signe le décret qui entérine le rachat par le CEA de
la concession de M. Thave. Début 48 on crée une “laverie” à “Roffin”,
usine de concentration mécanique des minerais, comparable à une grande
battée utilisée pour l’orpaillage, l’uranium est un métal lourd. Elle
deviendra chimique en 52 (voir les explications techniques d’Émile Bargoin).
En 1949 ils sont 210 à travailler à la mine, en juin l’Exploitation de
Lachaux devient Division Minière. En 1950 on creuse un puits à “Bigay”,
puis en octobre 51 à “Bancherelle” et à l’étang de “Reliez”. Parallèlement
on découvre des filons très prometteurs à Saint-Priest-La-Prugne à une
vingtaine de kilomètres de là dans le département de la Loire. En octobre1955
on ferme la Division de Lachaux pour exploiter à Saint-Priest le gisement
des Bois Noirs riche en pechblende, les 450 travailleurs sont reclassés
dans les nouvelles installations.
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La laverie de Roffin.
A gauche l’entrée du travers-banc |
Plan de situation |
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Pierre Ponce surnommé
Péricot immigré espagnol, Joseph Cartailler de Lachaux, Julien Bargoin
de Ris, Paul Virgoulet, Xavier des Ligneries chef de division venant
de Nancy, Jean-Baptiste Besson de St Priest Brammefant et Marcel
Dajou |
9 ans à peine, 34 tonnes d’uranium (production dérisoire au dire des
spécialistes), mais qui auront une valeur historique immense puisque
c’est ce minerai qui servira à fabriquer la première pile nucléaire française
baptisée “Zoé”. Les hommes et les femmes de la Division Minière de Lachaux
sont les pionniers de l’entrée de la France dans le rang des puissances
nucléaires mondiales.
Si je vous parle de tout ça, c’est que mon grand-père,
Julien Bargoin de Ris, a fait partie de ces pionniers. Comme tant d’autres
il s’est jeté à corps perdu dans cette aventure, un travail inespéré
après ces années de guerre. De bons salaires, le sentiment de participer
au redressement de la France dans un travail symbole de modernité et
de progrès, d’indépendance du pays après l’Occupation. Il était boute-feu,
artificier, posant les bâtons de dynamité en front de taille pour prolonger
la galerie. Lui et ses camarades auraient dû attendre que la poussière
retombe après l’explosion, dans ces galeries de roche riche en silice…
Mais ils étaient payés à l’avancement, les primes étaient bonnes, ils
repartaient au piquage, à l’abattage ! Au boisage ! Le perforateur préparait les trous,
Julien reposait les bâtons de dynamite qu’il bourrait, tirait les fils
et… Boum ! À hue, à hue !
Au début en 47, on attendait que du matériel arrive des États-Unis par
les liberty ships du plan Marshall, on raconte que les mineurs
apportaient leurs pioches et leurs pelles dans les camions bennes qui
les montaient de Ris et Châteldon à Lachaux. On ne mouillait pas la galerie,
on n’avait pas encore installé la ventilation. « On se voyait
pas à deux mètres dans la galerie, on leur donnait des masques, mais
au bout d’une heure ils se bouchaient, les mineurs les remontaient sur
le front. Ils remontaient au jour tout blancs ! Sauf le haut du
visage… » me dira Bertin Chalony, foreur au jour et toujours
là pour témoigner… Les ouvriers classés “F” (pour Fond), ils n’en
restent plus un pour témoigner, ils sont tous morts dans les années 1960…
Et 1950.
De mon grand-père je garde le souvenir d’un petit homme essoufflé qui
me prenait par la main les matins de vacances et qui m’emmenait dans
sa grange, on battait le blé, on souffrait les tonneaux, il me fabriquait
un avion de bois, on donnait à manger aux lapins, on montait aux “prunes”
couper un peu d’herbe… L’après-midi on allait aux champignons à “Bancherelle”,
à “Gagnol” où à “Roffin”… Dans le village, on parlait du Louis Paccoud,
mort l’année de ma naissance en 60, dont les cinq filles ont été recueillies
et élevées par ma grand-mère, du Combacon qu’était bien malade et d’autres,
du Virgoulet, du Cartailler, du Fayard, du Paput de Châteldon… Ils avaient
attrapé la silicose ! Un matin du printemps 68 (c’était peut-être
pendant les évènements), on a téléphoné à Toulouse chez mes parents, « Faut
vite monter à Ris, Suzanne, ton père va mal… ». Mon père
a pris le volant de la Dauphine et ils sont partis tous les deux dare-dare,
nous laissant chez les voisins.
« Y avait de la neige à Laqueuille, j’ai bien cru qu’on se foutait
en l’air, on a jamais mis aussi peu de temps pour monter, 6 heures ! Tu
te rends compte ! On est arrivés à Ris, on est montés dans la chambre,
il a regardé ta mère et dix minutes après il était mort, étouffé… » m’a
raconté mon père plus tard.
Tous les ans, je revenais à Ris. Mes parents y ont acheté une maison.
Parfois je remontais à “Roffin” où restait l’entrée de la galerie et
quelques ruines, perdues dans un bois. En 2002 ma grand-mère est morte,
on a retrouvé des papiers, des photos… En 2003 je suis revenu avec un
scan, on est montés à Saint-Priest pour voir… Et puis Stéphane Ropa m’a
parlé de son projet de spectacle, Mineurs dell’arte, sur la
mine, sur l’immigration, sur la mémoire…
Entre temps la GOGEMA, anciennement CEA, est devenu AREVA. L’année dernière,
je voulais montrer la mine à ma famille. Je ne la trouvais plus, je me
sentais perdu. J’appris qu’AREVA avait tout rasé, enfoui et replanté.
Non ! Je ne veux pas qu’on oublie !
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Juste
après le coup de feu à Reliez |
Mineurs
à Roffin |
Merci à vous gens de Lachaux, merci de nous avoir accueillis, ouvert
vos portes et vos souvenirs. Je garde vos témoignages comme un gosse
garde ses cailloux dans la poche, comme un trésor. Et tant pis s’ils
sont irradiés, je m’en fous ! Je m’en servirai comme le Petit Poucet,
pour pas me perdre en chemin. Je pense à vous et j’espère que l’on ne
vous oubliera pas.
Philippe “Luigi” Olivier, le 7 septembre 2008.
MERCREDI 3 SEPTEMBRE, BILLET D’HUMEUR, CH’EST
LA RINTRÉE !
Mineurs dell’arte avance et se précise. Nous avons travaillé
cet été sur le texte, son contenu, sa forme. Le premier point est qu’après
plusieurs lectures, et comme une évidence, la chorale ne fait pas partie
du spectacle, sa présence est superflue dans la vue d’ensemble et la
scénographie.
Par contre est apparue comme une nécessité l’harmonie de Lens. Puis,
pour la présence indiscutable des femmes à la mine, nous avons invité
la comédienne Floriane Potiez pour interpréter les rôles féminins. (www.comoedia.org/Floriane-Potiez)
Luigi et Anne, au mois d’août, sont allés à la rencontre d’anciens mineurs
et de leurs épouses en Auvergne, dans le Forez, région qui a connu entre
1945 et 1980 l’exploitation de mines d’uranium. Prochainement, vous trouverez
sur le site les vidéos de ces rencontres et des photos et articles dans
le journal de création. Je laisse le soin à Luigi de vous raconter son
attachement personnel à cette histoire. Par ailleurs, Anne travaille
aussi sur les costumes.
Fin août, Floriane et moi-même sommes allés explorer en stage d’approche
le jeu du clown. Ce qui nous a permis d’entrer dans le travail qu’exige
ce spectacle. Nous allons commencer sous quelques jours les répétitions.
Dans ce voyage, nous nous investissons beaucoup, pour une réussite optimale.
C’est devenu une bataille économique, pour mener notre réalisation à
bon port, coûte que coûte et malgré les difficultés rencontrées. Nous
avons désormais de très grandes incompréhensions, des colères, des coups
de gueules « ch’est la rintrée », comme des interrogations
sur une époque, une politique, l’avenir de la culture. Et je n’évoquerai
pas mes amertumes personnelles, mon désarroi d’homme de gauche…
Le spectacle Mineurs dell’arte, l’exposition ART MINEUR,
en mémoire de la classe ouvrière et de l’immigration dans le Nord – Pas-de-Calais
sont construits avec les acteurs de ces temps. Tous sont intervenus,
tous participent à l’évolution, l’élaboration de ce travail. C’est aussi
leurs histoires qui sont racontées pour apprendre encore et toujours,
pour construire, avancer, rassembler, pour nous, acteurs de notre temps…
« Ce sont les dons et la force de nos prédécesseurs qui nourrissent
les histoires que l’on raconte et que l’on écoute. D’après moi, ce
qui fait la force de la narration, c’est une haute colonne d’êtres
humains, unis dans le temps et dans l’espace, richement ou pauvrement
vêtus comme à leur époque ou encore dans leur nudité et pleins de la
sève d’une vie qui continue. S’il existe une source unique aux histoires,
c’est cette longue chaîne humaine. » (Extrait de Femmes
qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés).
Et malgré tout, face à un tel sondage de cette épopée humaine et charbonnière,
la Drac, la région Nord – Pas-de-Calais, ont choisi de ne pas
nous accompagner dans cette création : notre compagnie est trop
jeune et pas suffisamment connue de leur service culture.
Monsieur André Dubuc, directeur du Centre historique minier de Lewarde,
nous a retiré son soutien suite à un malentendu et sans même prendre
en considération tout le travail déjà établi ou nous avoir laissé la
possibilité de discuter.
La production de Mineurs dell’arte serait-elle en danger ?
Et pourtant la réalisation se fera, malgré tout. Une équipe comme la
nôtre était à mille lieues d’envisager une telle situation. Comment
pouvait-on supposer qu’une telle démarche soit jugée ainsi, sur la forme
et non sur le fond ? Imaginez la réaction des anciens mineurs lorsque
nous leur racontons tout ceci…
Nous avons demandé leur appui politique aux villes partenaires. Monsieur
Guy Delcourt, maire et député de la ville de Lens, nous a fait part de
son soutien et de celui des responsables culturels de sa ville (Lens,
création le 5/12/2008). Monsieur Jean-Jacques Potaux et l’équipe du Printemps
culturel du Valenciennois (avec les communes respectives) nous accompagne
au plus près (représentation à Haveluy le 17/01/2009), ainsi que le service
Culture de la ville d’Auby (représentation le 7/12/2008). Le maire et
l’adjointe à la Culture de Sin-le-Noble nous apportent également leur
dynamique (dates de représentation à venir). À chacun et à tous, merci.
À cette heure, nous recherchons des partenariats privés.
Nous sommes prêts à encore soulever des montagnes et pour cela, tous
les soutiens nous sont vitaux.
Bonne rentrée à toutes et à tous, et place à une ligne droite, celle
du spectacle, de l’exposition, en hommage à tous ces héros de leurs vies.
Pour l’équipe, Stéphane Ropa
P.S. : « C’est la rentrée », qu’y disent, c’est l’heure,
on le gueule. Les médias, les journaux, on gueule « le pouvoir d’achat »,
on gueule ! C’est la rentrée, avec des enfants qui sourient, d’autres
qui pleurent… On gueule à gauche, s’engueule, se dégueule. Oh hé, « Ch’est
la rintrée » qu’y disent ! Moi aussi j’ai envie de gueuler !
JEUDI 10 JUILLET, HAVELUY – SOUVENIRS

Joseph Bœuf et Roméro Santiago
10H15 Dans la salle du conseil municipal de la mairie d’Haveluy, nous
avons rendez-vous avec des anciens mineurs. Ils sont deux, un certains
nombres des invités sont en vacances, principalement au pays d’origine ;
le Maroc.
Joseph et Roméro, sont assis en silence. Jean Marie du service culturel
fait les présentations. Au cours de quelques questions la détente, comme
une sorte de confiance s’installe, on laisse parler les souvenirs. Joseph,
était délégué CGT, il évoque un camarade perdu, ses 36 ans de fond. Roméro
est le fils d’un Papa et d’une Maman qui ont fuit l’Espagne sous Franco,
ils ont eu 5 garçons, tous ont travaillé à la mine, « moi 32 ans ».
Joseph « C’était une époque ou on était mineur de père en fils. »
Plus de 30 ans sous terre pour ces 2 hommes, à faire du charbon, puis
toujours au fond Roméro, conduira ensuite la locomotive, il évite un
coup de grisou durant le service militaire, Joseph, deviendra moniteur…
etc
Joseph a chiqué au fond, … il a visiblement évité la silicose. Ils ont
connu des grèves. Roméro est déjà descendu jusque 1160 mètres sous terre.
Ils ont été mineurs, et leur personne se ranime en évoquant leur métier,
ce métier qui a été leur vie d’homme et même d’enfant. Aujourd’hui leurs
enfants et petits enfants sont fiers de leur père, grand-père. Joseph
a beaucoup de choses chez lui a me montrer, des documents, des lampes
...
Nous nous retrouverons fin août, début septembre, pour une rencontre
individuelle filmée avec chacun et certains de leurs camarades qui seront
de retour de ce pays qu’ils avaient quitté il y a maintenant des années
pour un soit dit ; Eldorado … un Eldorado.
JEUDI 3 JUILLET, AUBY - LA NOSTALGIE DE TADEK

Tadeusz Kosowski dit « Tadek »
14H30 Une maison comme dans un parc de fleurs. Nous sommes chez Jacqueline,
l’amie de Tadek, ils sont voisins, elle est au N°70, lui, au 68 B.
Ils s’aiment depuis plus de 20 ans, après des mariages respectifs,
des conjoints décédés.
Nous, nous étions rencontrés tous les 3 lors d’une soirée Buque à l’porte
à Auby. Jacqueline est d’une vie et chaleur sans pareil ; « Cha
va maloute ! » Tadek rie. Il est fils d’un couple de Polonais.
Mes parents sont arrivés vers les années 25. En France mon père a été
mineur de fond. Ma mère a travaillé au triage, à la craie elle faisait
des bâtons pour mémoriser le nombre de berlines triées. Mon père est
mort de la silicose, à cette époque il n’y avait pas d’assistance respiratoire.
Je pense qu’il aurait aimé retrouver la Pologne, il y avait un lopin
de terre, en 39, il voulait s’y rendre, m’a mère l’en a empêcher suite
à la déclaration de la guerre. Enfant, je suis dans une école ou une
fois par semaine on a des cours de Polonais, j’ai fait le catéchisme
aussi en Polonais. À 14 ans je suis allé m’embaucher à la mine, mon père
n’était plus là. Nous devions garder la maison. La première descente
j’avais le cœur qui remontait. J’ai travaillé 11 ans au fond, en tant
que Galibot, puis à l’abattage. J’ai passé le concours d’électromécanicien,
puis ensuite celui de cadre et je suis parti. Mon épouse, à l’époque,
avait repris la gérance d’un magasin. A oui, j’ai aussi était Galibot
de porion, je contrôlais que les prisonniers Allemands soient bien à
leur poste. Plus tard ce même porion est devenu chef, j’étais à l’abattage.
Je lui ai demandé si il n’avait pas une autre place ; « Te
fera comme les autres, te fera du carbon ! » Je me souviens
en 48, la grève et les troupes dans les corons.
Non, j’ai jamais voulu aller en Pologne. Pour mon parcours, j’ai pas
à me plaindre je me suis bien débrouillé. Si c’était à refaire quelques
fois j’y pense. C’était un métier dur. Mais j’ai de la nostalgie, la
camaraderie, le temps qui passe … Il n’y a pas longtemps avec Jacqueline
nous sommes allés à Béthune, et sommes passés par un endroit ou il y
a encore des corons, ça m’a fait quelque chose. Avant, y ‘avait des cabarets
partout, du monde, le bruit de la fosse. Oui, mon mot de la fin c’est
« nostalgie ».
MERCREDI 25 JUIN, RENCONTRE EN SILENCE
Je rencontre un ancien chef de siège, l’homme ne souhaite pas que l’interview
soit diffusée. Je conserve pour la matière à l’écriture les notes et
le film de notre rencontre.
RENCONTRE EN SOLO

Henri Studzinski
10H15 Un RDV pris depuis quelques temps. Henri est fils de mineur Polonais
et d’une maman Allemande, ils sont arrivés en France dans les années
20 pour travailler. Très vite Henri évoque le fait qu’il n’a pas aimé
ce métier, pourtant il a fait 30 ans de fond en tant qu’ électromécanicien,
si c’était à refaire, non, à l’époque j’ai écouté mon père. Le premier
jour il s’est retrouvé dans la cage avec celui-ci et a été pris en
main par un ancien. « Quand la cage démarre on a l’estomac qui
monte … »
L’homme est très animé du feu des souvenirs de l’enfance, comme de la
camaraderie des mineurs.
Il parlera de son seul souvenir de l’occupation, couché au sol avec sa
maman, sur le passage des avions Anglais.
Tout gosse nous allions jouer dans les bois, tout le coron était Polonais,
on le parlait dans la rue, on fabriquait nos jeux, qui étaient suivant
les saisons … la première bicyclette achetée, on la laissait à
la maison, elle sortait que de temps en temps, tellement de mal à la
payer. L’ambiance des corons, des pompes à eau qui étaient le lieu de
bavardage des femmes de mineurs. Quand on sortait de la maison, mes parents
ne fermaient pas la porte … La visite chez les amis, d’un côté dans la
cuisine les femmes parlaient entre elle, de l’autre les hommes. L’intégration
Polonaise qui s’est faite à travers le foot, on a aussi maintenu les
traditions, la messe, la cuisine, le bandonéon.
La camaraderie du mineur brille tout autant dans ses yeux, entre les
italiens à qui il proposait d’apprendre leur langue, les fêtes de Sainte
Barbe, ou on descendait l’harmonica au fond, Henri en joue un air.
Henri parle et écrit le Polonais, il a toujours un lien familial à la
Pologne, des cousins, cousines. Quand il s’y rend en vacances, on tue
le cochon, et on fait la charcuterie … L’entretien fut dans une belle
énergie, mais Henri ne souhaite pas, pour le moment, que nous le diffusions.
MARDI 24 JUIN, INA de Lille, « MÉMOIRES DE LA MINE »
de Mr JACQUES RENARD
Ce fut une rencontre imprévue, quasi furtive. Je présente à Mr Renard
un pilote du projet « Buque à l’porte ». Il réagit à ce dernier,
une idée pour son prochain film. On se parle, s’échange, et viens dans
notre discussion le propos de la mine, et du mineur. « Nous étions
fait pour nous rencontrer » lui dit-je simplement.
Je me suis donc rendu à l’INA de Lille pour visualiser les films « Mémoires
de la mine ». Quel travail ! Sur une base de témoignages de
mineurs, même de femme de mineur, on traverse l’épopée du charbon, au
fond, au jour, à travers l’humain, le quotidien, les luttes sociales,
les expulsions, l’occupation … des images de l’époque du tournage (1979
- 1981), alliées à des images et documents d’archives ... Je prends des
notes, annote des idées de texte, de jeu. Ces 4 heures de visionnage
ont permis de ne pas être en prise directe avec les émotions, contrairement
à certaines interviews autour de Mineurs dell’arte. Ces films m’ont offert
une véritable matière à encore forger l’écriture, à poser des images,
des atmosphères sur des mots, à sonder la matière, aller plus loin, et
de dépasser un certain pallié émotionnel.
NB : A été repris ces derniers jours un certain nombre d’interviews
qui avaient rencontré un problème technique, puis la majeure partie de
toutes les photos (cambriolage). Pour certaines personnes, de nouvelles
choses sont apparues. …Toutes ces rencontres personnelles sont pleines
de vie, de souvenirs, d’histoires, d’émotions … et d’une grande humanité.
Sur ces routes, entre les divers RDV, il y a des terrils. Je ne les regarde
plus comme avant. Ils raisonnent. Le projet et ce qui l’entoure s’intensifie.
Nous travaillons, beaucoup, à en dessiner une réalisation digne de ces
êtres. Merci.
Mineurs dell’arte est toujours en écriture, à la forge. Donc les recherches
continuent, des prochains RDV de témoignages, se rendre à nouveau au
centre de documentation du Centre Historique Minier, et la visualisation
de la saga de Jacques Renard « Mémoire de la mine » (INA Lille).
N’hésitez pas à revoir le journal N°2.
JEUDI 12 JUIN, À LENS RENCONTRE AVEC UN POÈTE MINEUR

Jean Pierre Liénard
10H Je suis fils de mineur. Petit, j’étais bagarreur, puis on jouait
à l’arc, on se contentait d’un cerceau, un vélo sans frein … J’aurais
aimé travaillé dans un bureau, approfondir mes connaissances, … Mais,
mon père à la retraite, suite à un accident, pas dû à la mine. J’ai
dû travailler tôt.
J’ai embauché à l’âge de 17 ans à la mine, dans différentes
fosses, d’abord galibot, ensuite j’ai fait du charbon, le soutènement,
les entretiens, puis électromécanicien.
Le premier jour, c’était comme une promenade, on nous a montré l’accrochage,
les bowettes, une entrée de taille, j’avais les oreilles bouchées. « Pour
être un mineur faut être plus qu’un homme ! » (Guy Dubois,
poète patoisant)
Le travail n’est jamais suffisant, vous ne pouvez pas satisfaire certains
employeurs, toujours aller au-delà de ses limites. Les grèves de 63 ont
été particulières pour moi ! Je vivais à Bruay, mais travaillais
à Lens, ville où l’on manifestait. À cette époque, chacune des villes
distribuait à manger à ses ouvriers. Mais comme je ne vivais pas à Lens,
je n’y avais pas droit, et à Bruay, comme je travaillais à Lens, c’était
idem. Heureusement, j’ai tenu le coup avec mes parents et des camarades.
… La Sainte Barbe, la patronne du mineur, une fête particulière, la veille
au fond, et le jour du 4 Décembre. … Des repas chez certains porions,
un patron de café qui dit nous inviter et nous donne la note à la sortie
… Un certains 4 Décembre ou nous avons dû travailler, et on nous a pas
payer la journée de Sainte Barbe … J’ai été croyant, mais maintenant
j’ai quelques doutes … Dans la catastrophe de Liévin, sur les 42 victimes,
une vingtaine étaient des camarades, je les ai jamais revu. Des amis
sont venus me remonter le moral. Au fond, on était tous des frères.
J’ai commencé à être poète quand j’ai été retraité. …
« Nos Gueules Noires » (extrait) :
Nourris ed’promesses sont partis dins l’souffrance.
Ches pauv’diapes ont tout donné avec leur cœur ou pa fiertè
Pour faire arpartir s’ z’industries, pour qu’ell’France
Artrouv’ s’Honneur et s’liberté … Jean Pierre Liénard.
MERCREDI 4 JUIN, ANCIENS MINEURS – GUIDES DU CENTRE HISTORIQUE MINIER
DE LEWARDE

Edwin Gorny
14H Avec mon épouse, nous parlons, écrivons, lisons le Polonais. Mon
père est né en Pologne, ma mère en Allemagne. Mon père était arrivé
en 22, 23, s’il restait en Allemagne, il serait devenu Allemand. Il
était mineur, comme son père.
Ma mère est arrivé en 22, elle avait 12 ans, en 28, sa mère et sa sœur
repartent, sa mère la laisse chez sa tante, elle lui en aura voulu toute
sa vie.
Mon père est allé en pension chez cette tante et il a rencontré ma mère.
En 1946, mon père voulait retourner en Pologne, on faisait de la propagande
en France. Une fois en Pologne, c’était fini, impossible de repartir.
… Ma mère n’a pas voulu. Il nous est arrivé de croiser là bas des gens
qui ont fait ce voyage. Ils ont même créé le club d’immigrés Français,
on les appelle comme ça d’ailleurs. Ils fêtent le 14 Juillet !
Pour
moi c’est le destin, mes parents sont venus tous nus, on ne se plaint
pas, on a réussi notre vie.
J’ai fait 30 ans de fond (ajusteur, chef d’équipe
électro, agent de maîtrise.)
La première descente, c’est impressionnant.
Mes copains m’avaient parlé de la mine, … mais c’est une fois au fond
qu’on se rend compte, l’atmosphère, l’air qu’on respire, les courants
d’air.
Un métier dure, il a fallu gravir les catégories, 0, 3, 5, 6, 7.
Pour
les grèves de 48, j’ai été accueilli pour 3 mois, dans une famille d’Italien
sans enfant, à Aubervilliers. En 68, nous avons eu froid, pas de charbon,
on venait me chercher tous les 2 jours pour aller contrôler au fond.
Quand je remontais, c’était chaud, je croisais les ouvriers, les femmes
aux piquets de grèves.
La vie à cette époque de la mine est dans une bonne
ambiance, un bon voisinage, pour notre mariage, mon père m’a donné 6
lapins, on a eu des poules, des pigeons, le jardin …
Sainte Barbe, la veille au fond, et le 4, c’était la fête. Une fois je
suis rentré le lendemain matin. La choucroute avec des agents de maîtrise,
le méchoui par les Marocains à la fosse Dejardin.
Oui, il y avait de bons
rapports entre les ouvriers, et les agents de maîtrise surtout dans mon
service … on était copain. À part, avec la hiérarchie à Arenberg.
Si c’était
à refaire, j’irais pas.

Dario PILIA
10H Je gare la voiture devant la maison de Dario, un grand chalet
en bois, avec à ses poutres et à son pied, des fleurs, beaucoup.
Dario me montre le jardin, son bac à poisson, les canards « Comme
ça on voyage. »
« En Italie, mon enfance s’est pas trop mal passée, jusque la déclaration
de la guerre. A cette période, j’ai fait de la contre bande … je portais
sur mon dos des sacs de viandes, de cigarettes. J’ai appris à fumer.
… Mon père avait une entreprise dans le bâtiment, j’ai travaillé avec
lui. Mais en Sardaigne, il fait chaud, c’était des horaires bancales
… Je suis arrivé en France, en train, en Novembre 1949, « une nouvelle
aventure » la jeunesse pense beaucoup au dépaysement. Je suis allé
jusque Milan, ou nous avons été pris en main par des Français des Houillères.
… En arrivant, des Baraquements, un grand groupement d’ouvriers, c’est
la première image que je garde. J’ai logé dans un de ces baraquements,
nous y étions 4 et avions une gazinière pour faire à manger. J’ai appris
le Français avec un prof envoyé par le consulat Italien, chaque Dimanche,
puis j’ai pris des cours.
Avant la première descente, nous avons été formé avec des anciens mineurs,
il y avait un traducteur Italien. On avait pas le droit de fumer, peu
debout, 4 pâtes, à genoux, … et le 1er jour, directement à l’abattage.
J’ai fait 32 ans au fond (abattage, chef d’équipe, et l’école des cadres,
agent de maîtrise).
Les conditions de travail étaient très dure, beaucoup de poussière, travailler
dans des petites veines, 40 à 60 cm, quand la hauteur était de 1 mètre,
c’était le rêve !
La vie quotidienne, on allait parfois prendre un verre, au bistrot de
la fosse, avec les camarades du chantier, et on parlait de la mine. Les
loisirs c’étaient le foot, et le jardinage, c’est Sacré ! Les liens
entre les chefs, les ouvriers. … un chef était considéré comme un mauvais
gars …
La Sainte Barbe, c’était une grande fête, des ivrognes et des Catholiques !
On allait à la messe, un repas était organisé grâce au syndicat ou au
comité d’entreprise.
Il y a eu aussi les fêtes sur le chantier, mais après : interdit !
suite aux abus, il y a eu des accidents au fond ...
Je suis sympathisant
du parti de la classe ouvrière, celui qui défend les pauvres.
J’avais
une maison en Sardaigne, avec une piscine à l’intérieur … la vie, un
accident de voiture, j’ai tout laissé tombé.
La France je savais que c’était
un beau pays, un grand pays, mieux que la Sardaigne !
Je ne regrette
rien, oui je le referais.
MARDI 3 JUIN, RENCONTRES INDIVIDUELLES À AUBY
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| Nicolas Rossi |
Nicolas Rossi au fond de la mine |
14H Nicolas Rossi a le physique fragile. Il est arrivé en France en
1952. Né en Italie, à Tesca au mois d’Août 1939. Issu d’une famille de
15 enfants. Le père est arrivé en France en 1951, il a dû faire ses preuves
au charbon durant un an, avant que la famille vienne le rejoindre.
Pour apprendre la langue, j’ai fait quelques cours à Courcelles les
Lens.
Sur tous les frères, seul Nicolas a fait sa carrière à la mine. C’était
un métier difficile.
Le salaire, c’était la honte, de vrai capitaliste !
Les gens s’accordaient. Les temps étaient meilleurs avant, la vie était
bien plus belle.
Je ne suis retourné que deux ou trois fois en Italie, je me suis naturalisé
Français. J’ai été marié à une Française, d’origine Belge. Si c’était
à refaire, oui.

Jacques Lesage
10 H Mr Lesage, Jacques, le « grand Jacques », c’est un
homme imposant, sensible et vrai. Fils de mineur, j’ai connu mon père
qu’à 5 ans, il était prisonnier de guerre en Allemagne.
Ma mère me montrait des photos, … Durant cette période ou il était
prisonnier, ma mère a travaillé pour les ingénieurs des mines. Quand
mon père est rentré à la maison, je n’osais pas m’approcher. Mon grand-père
maternel était aussi un mineur, décédé en 39 (clavicule cassée) c’était
un chef porion.
Quand j’étais gamin, on était plus heureux que maintenant. Mon père ne
voulait pas que je travaille à la mine. J’étais descendu une fois, un
jour de repos, pour voir. Je m’étais dit jamais je travaillerais là,
j’y ai fait 28 ans de carrière ! électromécanicien, exploitation,
agent de maîtrise, les salaires, les avantages, c’était pas négligeable.
…
C’était un travail très pénible, le mineur était un ouvrier formidable.
En 1963, c’est la grève, et je me marie ! ce fut difficile, on faisait
la queue à Oignies, pour avoir à manger des petits pois, des boîtes de
conserve …
Souvenir d’une Sainte Barbe, ou pour rejoindre la messe, ingénieurs,
agents de maîtrise ont dû marcher dans un mètre de neige. La Sainte Barbe,
c’était sacré ! à Oignies, à la sortie de la cage, elle était toujours
là éclairée.
J’évite de parler de mon histoire à mes garçons, sauf à mes petites filles
quand elles le demandent, souvent.
Mon métier, je l’ai aimé, (Jacques pleure un peu, on coupe à sa demande)
L’ambiance du fond de la mine, incroyable, noyau, difficultés, travailler
en solidarité. Si c’était à refaire, je le referais. Aujourd’hui c’est
la retraite, je suis reconverti « Bricoleur ».
VENDREDI 16 MAI,
CENTRE HISTORIQUE MINIER À LEWARDE
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Le chevalet |
Le cheval au
fond |
Les berlines
de charbon |
16H30 –VISITE GUIDÉE
Pour la troisième fois, je visite le musée de la mine. Un musée avec
de nouvelles pièces, des vidéos … toujours aller vers cette transmission
de la mémoire. Une matière colossale, et un réel travail établi à transmettre,
ne pas oublier la mine, et ces êtres qui l’ont vécu.
Plusieurs temps vont
être pris à repasser par ce dernier et son centre de documentation
pour continuer à accumuler, sonder la matière, encore et toujours.
Pour
la visite, je rejoins un groupe qui est arrivé dans la salle des pendus.
Le parcours se déroule en deux temps.
Au jour, par un guide, qui connaît parfaitement le sujet et au fond avec
un ancien mineur. Les deux guides me donneront des confirmations, même,
des indications à certains points, idées … Le fond se fait entre la descente,
l’accrochage, les différentes méthodes d’extraction, les bruits … Le
bruit, le guide nous fait entendre le bruit du piqueur, un bruit infernal,
intenable, et combien quand on « l’imagine » sur une journée
de travail, un bruit ici de quelques secondes à peine, un enfant se met
à pleurer, le bruit s’arrête. Le bruit était là pour indiquer aux visiteurs,
que nous sommes, que l’ouvrage du mineur était fait dans ces conditions
précises, au niveau du bruit. … venait s’ajouter ; l’eau, la chaleur,
les dangers, la condition physique … Le bruit s’arrête l’enfant pleure,
rien de plus normal, … le bon homme intervient, « ch’est normal,
cha va passer. » … Cet ancien mineur est là dans cette mine, ou
il a travaillé, et désormais, il est guide. Guide à raconter ... on suit
le guide, un peu comme sa carrière de mineur, il donne des précisions
sur le grisou, le boisage, les éboulements avec authenticité. Les visiteurs
le suivent, on intervient un peu parfois, pas trop, on se laisse guider.
On avance entre les tailles, les vidéos, …
Entre ces rails du fond, l’homme reste drôle, a le mot dans sa caboche,
la spontanéité pour enjouer le groupe. Cet homme se prête au jeu, aisément,
facilement et de bon gré. La visite se termine sur une vidéo explicite
de la catastrophe de Courrières en 1906, un coup de grisou dévastateur,
qui a fait 1200 victimes. Durant, celle ci, l’homme s’assoit à ma gauche,
il dira tout bas « Ch’ a dû être terrible. »
Le lendemain, lors de la nuit des musées, je recroise l’homme, on se
reconnaît réciproquement, se serre la main, … une simple question « Ca
doit être curieux pour vous de vous retrouver dans ce rôle de guide de
votre métier, imaginant ce que la mine était pour vous ? »
« Cha permet de prendre du recul, mais surtout on se demande comment
on a pu faire ça … » Monsieur le mineur – guide, je vous salue bien
bas.

14H – LE CENTRE DE DOCUMENTATION
En allant au centre de documentation du musée de la mine, je prends conscience
que la matière écrite (livres, revues, journaux, documents d’archives
…) ou visuelle (photo, film) amplifie l’écriture, voici quelques brèves
notes de ce premier passage.
Recherches sur l’auteur Constant Malva,
ancien mineur du Borinage en Wallonie :
- de son livre « Ma nuit au jour le jour » : « Pour
savoir ce que c’est que la vie de mineur, il faut se dire qu’on y est
condamné jusqu’à la mort, malgré les coups durs, les dangers, la misère.
Faire une année de travaux forcés, ce diut être pénible, mais y être
condamné à perpétuité … » Malva s’identifiait comme « la bête
noire des porions. » …
François Delcourt versifie l’épopée des gueules noires :
« Aujourd’hui mineur au cœur fier
Tu restes vaillant comme hier
Contre le péril qui terrasse
Tu montres l’ardeur de ta race. » …
Au centre de documentation

Copie d’éléments de recherches :
- page de couverture du Journal (CGT) « Le travailleur du sous-sol »,
Septembre, Octobre 1948 « Pour un grand congrès de la CGT en Octobre »
- communiqué du journal (FO) « La Tribune des Mineurs » 1er
Octobre 1948 « ASSEZ DE MENSONGES ! »
- d’un numéro spécial « La Tribune des Mineurs » 27 Septembre
1948 « GRÈVE NATIONALE CORPORATIVE ILLIMITÉE »
- dossier sur « La grande grève des mineurs d’Octobre – Novembre
1948 à Lallaing »
- Revue de Presse des Charbonnages de France « La presse du 25
Septembre au 4 Octobre 1948 ».
- Communiqué du bulletin de la Radio du 16 Octobre à 16h
- Allocution radiodiffusée prononcée par Jules Moch, Ministre de l’intérieur,
le 18 Octobre 1948 à 13 heures
- Allocution prononcée par Jules Moch, Ministre de l’intérieur, le
3 Novembre 1948
- Enquête effectuée du 5 au 8 Octobre 1948 par « Sondage et Statistique »
Bassin Minier du Nord.
- Un Historique de la grève des mines
- Un « Avis au personnel », 28 Octobre 1948
MARDI 6 MAI à 17H, ON CHANTE DANS LE JARDIN
Charles et Thérèse Adelmant m’accueillent avec beaucoup de chaleur. Charles
évoque notre projet. Il sort sa guitare, et sous la chaleur, à l’ombre
des arbres et en écho aux chants des oiseaux, tous deux chantent.
Des indications, orientations se prennent, apparaissent. Charles m’offrent
des textes, partitions. Des couleurs fleurissent dans ce jardin.
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la Chorale de Charles dans le cadre de la nuit des
musées au Centre historique minier. |
Chorale dans la salle des pendus |
MARDI 6 MAI à 14H30, RENCONTRE COLLECTIVE AU
MUSÉE DE LA MINE À LEWARDE « De la Pologne, de l’Italie, la mine a dessiné notre vie. »

Le train, la verrière, les chevalets du centre historique minier
Dans une salle à l’étage du musée de la mine, Sabine Dequin présente
le projet. Autour de la table, face à face, deux couples. Deux hommes,
anciens mineurs et leurs épouses.
Un couple est de descendance polonaise, Monsieur Edwin Gorny, a fait
sa carrière en tant que électromécanicien. Ses parents ainsi que ceux
de son épouse sont arrivés de Pologne dans les années 20. Edwin, à ce
jour, est choriste dans la chorale des mineurs Polonais de Douai.
Edwin évoque son choix de s’engager dans la mine face à certains avantages,
le temps de travail, les vacances à La Napoule, en Corse … Edwin et son
épouse évoquent leur lien à leurs pays d’origine (les colis que l’on
envoie), à leur parenté toujours là-bas. Leurs propres parents qui sont
arrivés lors de ces années 20, après une visite médicale en Pologne,
… l’intégration Polonaise au travers du sport, le foot. Le lien au pays,
ou sous l’occupation Allemande on ne pouvait s’exprimer librement dans
les courriers, une des parentés de Madame Gorny écrira « Si j’avais
des ailes, je reviendrais ». Madame évoque aussi ses pensées constantes
à son mari qui descendait au fond, « je pensais toujours à lui. »
« Un jour il était en retard, je suis allé, pour la seule fois jusque
la fosse, à la lampisterie, j’ai entendu des voix et il était là. »
Monsieur parlera d’un voyage de propagande en Pologne, lors de son enfance,
et cette grand-mère pour qui il était un étranger. Puis, leur famille
respective, toujours reconnaissante, des aides fournies par leurs parents
immigrés en France. Edwin dit qu’il n’a pas parlé de tout ça à ses enfants
et petits-enfants, « nous sommes venus au musée de la mine, mais
moi, je n’en parle pas, ils ne comprendraient pas. »
Edwin évoquera une procession de Sainte Barbe, pour laquelle on l’avait
sollicité. Des réflexions « viendront lui siffler aux oreilles »
comme quoi l’homme n’a pas fait du charbon ! Dario Pilia, en face,
rétorquera sur le ton de la camaraderie « Moi je n’ai fait que du
charbon ! » 32 ans de fond. « En général les Polonais
étaient à l’abattage et les Italiens aux Bowettes. » En général
… Dario est mariée à une femme de la région. Il est arrivé en 1949 de
Sardaigne et a démarré le travail au fond. Il a toujours son lien au
pays, avec une maison dans son village, avec piscine ! Dario a toujours
un accent chantant, un sourire de ses racines. Il évoquera un exemple
d’intégration « Monsieur Franco Porcu » qui avait appris le
Français, mais aussi le Polonais ! Cet homme était un ami fidèle
de Nino, mon grand père. Et à mes souvenirs d’enfance, il nous est arrivé
de rendre visite à celui-ci.
Les deux hommes évoqueront les énormes améliorations des conditions de
travail au fond de la mine.
Dario dans toute sa dimension Italienne « Mais, les sardes sont
les meilleurs ! » Et tous rient au nom de leur fraternité naît
autour de la mine.