" Parfois, il rêvait que sa lampe au fond s'éteignait, alors il se retrouvait dans le noir absolu… "

Jeanine, fille ed euch grind Joseph deul fosse Cuvinot d'brun

&

Galerie de gueules noires
journal de la création 2ème partie

En hommage à tous ces héros de leurs vies

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De toutes ces rencontres, la matière et les inspirations s’accumulent, tantôt, une phrase, un mot, une anecdote, un grand merci à toutes et à tous.

JEUDI 17 AVRIL : RENCONTRE ORGANISÉE PAR FRANçOIS CERJAK, AVEC LES MINEURS DE L’AMICALE DU 11/19 « L’MINE CH’EST NOTE MÉMOIRE ! »

la fosse 11/19 Avenue de la fosse
Statue du mineur l’Amicale du 11/19

François Cerjak avait convié ses copains, comme il les appelle. Ils étaient là, tous. Anciens mineurs, un porion, un chef de taille, des hommes marqués par la silicose, un homme rescapé d’un éboulement … .François me présente, on parle du projet, puis certains acceptent de répondre à quelques questions. Il est évident, ils et elles (femmes, filles de mineurs) sont la mémoire d’une époque, de la mine.


Lucien Guison
« Le perforateur m’a abîmé les oreilles. » Lucien, est comme beaucoup, fils, petit fils de mineur, 36 ans de services. En 1945, j’étais pas très costaud, j’ai commencé au criblage (triage). Puis le 1er jour au fond à 19 ans, le 1er sentiment affreux, j’étais Galibot mais claustrophobe…J’approvisionnais les mineurs en berlines. Puis j’ai travaillé en taille, et au creusement des galeries. J’étais pas un homme fort, massif, mais agile ! »
On faisait grève pour une queue de cerise ! Les discours,  … ceux qui sont pour la grève, lever le doigt, puis ceux qui ne le sont pas … Pourquoi t’es pas pour la grève Lucien ? « D’abord que ceux qui le sont, disent pourquoi ils le sont et après je dirais pourquoi je ne le suis pas ! » à croire qu’on faisait grève pour appauvrir les gens.
Les conditions de travail étaient pénibles, … Ma première Sainte Barbe, oh j’ai bu une bouteille de Mascara à moi tout seul, j’étais ivre mort, en rentrant je sifflais !
Une fois j’ai eu peur, on est resté coincé, la taille est devenue pleine suite à un éboulement. Si c’était à refaire, non, j’ai pas le tempérament, cuisinier ou pâtissier, tout mais pas ça !


Joseph Traccoen
Sa mère ne voulait pas qu’il travaille à la mine. La mine a gardé son père au fond quand Joseph avait 4 ans. « Je me suis présenté au bureau de l’ingénieur en 1953, pour être embauché (36 ans de carrière). On voulait travailler dans un service des houillères. Oh la première descente, y a fallu que je me présente pour récupérer ma lampe avec un N° de jeton (identification des gars) je suis partie pour la descente, arrivée au fond de la mine, on allait sur le lieu d’extraction. Au moment de la descente dans la cage, j’ai jamais sauté en parachute, mais ce doit être un peu ça… Des moments difficiles au fond : je me souviens que j’étais dans une taille très petite, soutènement de 50, 60 cm, … au moment du briquet c’était assez difficile… quand j’étais Galibot, les douches, on se mettait en file indienne, et on lavait le dos de  celui qui était en face. » Au fond au moment des foudroyages, on pouvait prendre peur … ça claquait énormément. … Sous terre tous dans la même direction, des gueules noires, main dans la main, je ne pense pas que je le referais.


Yvette et Joseph Buchalski dit Popeye
Nous prenons 2 minutes pour que Joseph reprenne sa respiration. Il a une bouteille d’oxygène avec lui, il est assisté 24 heures sur 24, reconnu à 90%.
Yvette est fille et femme de mineur. Son père est parti de la même maladie dans d’atroces souffrances, il n’était pas sous assistance d’oxygène, « A la fin, il voulait se tuer lui-même tellement il n’arrivait pas à respirer ». Joseph est fils de mineur aussi, son papa, était Allemand. J’ai fait 31ans de services, 20 au fond et 11 au jour. J’ai été reconnu silicosé bien après la retraite, il y a 4 ans seulement et 2 ans que je suis sous assistance respiratoire.
Je me souviens des grèves de 48, les chenillettes qui fonçaient sur les gens, en 68 on allait chercher du flou derrière la mine pour se chauffer. On avait pas de charbon. La Sainte Barbe, on descendait avec les accordéons au fond, mais après ce fut interdit,…Dans les corons, tous les samedis, la fête, chez les voisins, le fils jouait de l’accordéon, la mère de la grosse caisse, on faisait des gâteaux, on buvait un coup, c’était la fête sans histoire, on dansait sur les routes. A l’heure actuelle je regrette mon jeune temps, on s’amusait beaucoup plus, on jouait à la belote sur la place entre mineurs… Joseph dit popeye, « Ça serait à refaire,  oui,  je le refais c’est un métier qui m’a plu, j’en suis fier et je l’ai fait pour mes enfants ». Yvette « Je ne comprends pas pourquoi il le referait, des hommes autour de nous sont morts au fond … et la peur que j’avais quand il faisait du rabiot ! … »


Léon Naskret
Mes parents sont arrivés de Pologne vers 1922, 23 pour travailler à la mine, nous étions 4 frères tous mineurs (sauf le dernier qui a quitté ensuite). Quand on était dans les corons, on ne pensait pas à l’avenir, c’était la mine. Les conditions de travail étaient pénibles – Léon était chef de taille, 25 à 30 ouvriers sous ma coupe, fallait réaliser le prévu, on était à la tâche …. On était poussé à l’extrême, en 10 ans en tant que chef, on a fait 21 tailles, fosse 4. À la fosse 12, 500 bales (berlines pleines de charbon) par jour, plus l’entretien de la taille … le porion m’attendait à la remonté avec un cigare et une bière ! Une fois que j’étais au fond, j’étais dans mon arène ! J’ai été pris à 3 reprises dans des éboulements, j’ai sauvé 2 types, je les ai tiré par les godasses pour les sauver. Dans certaines, ça pouvait se passer mal selon la hauteur de la veine. Lors d’un éboulement, de 3.50, du plafond au sol, en quelques secondes on est passé à 8m. J’avais peur, le danger complet, les chutes de pierres qu’y avait on les remplaçait par des traverses de chemins de fer pour consolider le plafond. Un éboulement comme ça la taille est arrêté 3, 4 jours. Le charbon qui sortait c’était des millions, les ingénieurs, producteurs, sont des gripsous ! Et nous c’était des blessures, côtes, vertèbres, poignet (reconnu 42 % de blessures, j’ai fait une semaine de coma), silicose (reconnu à 15 %) …Lors des briquets, assis sur les rails, on donnait à manger aux souris, tant qu’y avait des souris, y a pas de puteux (un gaz qui à la base asphyxie) alors on avait de l’espoir ! La Sainte Barbe, jusque 60 – 65, on pouvait descendre les accordéons, de l’alcool au fond, mais après interdit. On travaillait 4 h et au moment du briquet on démarrait Sainte Barbe, dés qu’un avait trop bu on le mettait dans une berline, le mettait dans la cage et on le remontait au jour. Puis on allait le mettre sous les douches habillait, y reprenait ses esprits. J’ai vu des types revenir 3 jours après chez eux ! y faisaient le tour des guinguettes, … mais après on était trop contrôlé. Si c’était à refaire, je ne le referais plus, on était jeune, on mesurait pas le danger. Je me demande comment j’ai pu arriver à la retraite. J’ai aimé, je l’ai fait comme je devais le faire …

Autres témoignages recueillis à l’Amicale du 11/19  :

Josephine Noworyta, est fille et femme de mineur, son père était Polonais arrivé de Pologne en 1926, « On leur avait promis un Eldorado, la belle vie, un travail, et de belles filles en France » des mots du recruteur en Pologne.
Petite, c’est les jeux sur le terril, dévalé les grandes pentes. La peur tous les jours, en tant que fille, puis femme « Est-ce qu’il va rentrer ? » Et cette peur de la sirène, plus tard, un passe-temps la lecture, un métier, infirmière à l’hôpital de Lens, service pneumologie, …. Etc. assistante du Docteur Schaffner, qui a permis que la silicose soit reconnue comme maladie professionnelle. « Mon mari, quelques jours après sa retraite, … cette même maladie, on fait tous les examens à l’hôpital, je savais ce qu’il avait, mais je ne lui ai pas dit. Le docteur voulait l’hospitaliser, mais il ne voulait pas, alors je l’ai soigné à la maison. Puis, en 6 semaines, il est parti, nous étions mains dans la main. Après j’ai vendu la maison, et pour lui j’ai écrit ce livre « Chemin noir, chemin blanc ».

André Péreira, son père est né au Portugal, il était employé des mines, mécanicien aux chemins de fer. André avait pour volonté de ne pas rester ouvrier. 36 ans de carrière dans toutes les fosses de Béthune et de Lens, je les ai fermées.
Mon premier jour, j’ai étais bisouté par les filles qui travaillaient au triage… de la graisse partout, y avait 21 filles pour 4 garçons, oh mais y’avait des vieilles rombières… La première descente, on était accroupi dans sa cage. J’ai commencé en 50 à la fosse de Béthune, une lampe de 3 kilos entre les fesses, quand on marchait, elle claquait sur nos genoux, on traînait dans les tailles avec le bois, on était jeune, on n’y pensait pas,…maintenant on repaye tout ça. André fera l’école des cadres gravira les échelons et finira chef porion. Les avantages en tant que chef, le bois cassé, le gros charbon, parfois on laissait le charbon à nos voisins ouvriers. (On en avait plus qu’eux) Tous mes copains d’aujourd’hui, pour certains, sont de mes anciens ouvriers. J’ai jamais renié mes conditions de fils d’ouvrier. J’avais de bon rapport avec les ouvriers, parfois ils étaient surpris car je disais « bonjour ». Il y avait une camaraderie formidable, un blessé et tous se mobilisaient, un qu’y arrivait pas, on donnait un coup de main. Par contre les mineurs ont souffert,….
La sainte Barbe à Béthune, jeune surveillant fallait aller à la messe… avant d’y arriver, y avait 2 cafés, j’suis rentré aux cafés. Là, des anciens porions, on a jouait au 421… on buvait du guignolet au quirche. J’ai oublié la messe, le scooter est arrivé tout seul chez moi.

Emile Caron a travaillé à la mine en tant que Foudroyeur (métier très dangereux) de 1939 au 8/08/1954, il est rescapé d’un éboulement. « Le boisage est tombé suite à une poussée de terrain tout est tombé sur moi. Un camarade ma défait la ceinture et il m’a ramené plus loin. Et ensuite tout s’est écroulé. 9 fractures du bassin, un corsaire toujours là. Je suis resté à l’hôpital 2 ans et demi. Non, j’ai rien raconté à mes enfants et mes petits enfants. Depuis le temps où j’ai été blessé, j’ai pas parlé de la mine. Oui je l’aimais ce métier, c’est métier comme un autre, à risque, faut le faire.

EXTRAIT DU MAIL de François Cerjak, Délégué mineur à Lens, syndicat CFTC, et organise la rencontre du Jeudi 17 Avril
« …. Mes commentaires et compliments,…ton Projet m’emballe et Je suis de tout cœur pour l’aventure, retracer le dur parcours du Mineur de fond, garder le Patrimoine, les valeurs humaines, afin que nos enfants et petits-enfants gardent le SOUVENIR et sachent éventuellement répondre aux questions.
Je suis d’accord pour être ton collaborateur, pour t’aider dans ton magnifique projet, en l’honneur de ton grand-père Mineur. Tout a fait normal que certains Mineurs t’aident en apportant leur témoignage. La Ste BARBE 2008 sera très BELLE.
BON COURAGE et MERCI pour les Vaillants Mineurs, race en disparition, à très bientôt. …. »

 

MERCREDI 16 AVRIL, RENCONTRES INDIVIDUELLES À QUIÉVRECHAIN :  « LA MINE, LA FAMILLE »

Les mines, Fosses N°1 de Quiévrechain Les corons « Sans buffet » de la fosse N°1 de Quiévrechain

 


Mr et Mme Genart Emile dans les corons en 1947
14H Henri Genart est fils de mineur. Henri est né dans les corons « du calvaire » de Quiévrechain. Son père Emile, 42 ans de fond, à l’abattage. Emile est né de parents Belges, il changea de nationalité vers les années, 1932 – 34 à cause du racisme. « Mon père ne parlait pas on le surnommait « l’moyaux » (expression du borinage ; région Belge frontalière).
Emile avait obtenu de son chef l’autorisation de ramener son pic à la maison et le rebattait. Il mettait sa pointe dans le poil, puis le battait et allait le refroidir dans le bac à pluie. « Fallait pas que je me trouve sur le passage ! » Il a travaillé à la fosse N°1 et la fosse N°2 de Quiévrechain. La fête dans les corons : vers les années 30 Emile achète un phono « la musique parlante » et tous les dimanches, soit chez nous ou chez une de ses cousines en Belgique on danse sur les airs des disques d’accordéon, on laisse la porte ouverte pour que les voisins se joignent à la fête, puis on chante des chants qu’on met en scène. Quand c’était Sainte Barbe, il avait l’alcool gai. Sur le chemin quand il rentrait, il croisait des chèvres dans un jardin. Il en attrapait une et l’accrochait au grillage par les cornes. Et il repartait en chantant. On disait, ah !, l’moyaux y’a fait Sainte Barbe !
Henri : « Moi je n’ai jamais voulu travailler à la mine ! »

Hélène Pijarowski François et Hélène à Berck (mer du Nord)

14H45 Hélène est femme de mineur, elle m’accueille chez elle avec sa fille Nadine. Hélène a prés de 86 ans, et est veuve depuis 1990. Hélène est belle, généreuse… Hélène est Polonaise comme l’était François, elle était arrivée en bateau au Havre avec ses parents. Elle raconte sa scolarité en tant que fille venue de Pologne et est toujours révoltée aux souvenirs des insultes «  salle boch » … « on était des étrangers ». Mes parents voulaient accumuler de l’argent pour repartir vivre en Pologne… des terres, ils ont juste acheté des terres avant 36, mais ne repartiront jamais en Pologne, le père d’Hélène était mineur, il avait pour habitude de dire « c’était le bagne ». Le bagne, le même pour François, le mari d’ Hélène, venu du même Pays que celle-ci, et mineur de fond durant 37 ans. Il a travaillé à Monchecourt, puis Quiévrechain et a terminé à Ledoux. Il a travaillé à l’abattage, a fait les postes, n’a jamais pu être chef, car en activité et à l’époque on lui avait déclaré 5% de silicose, donc on ne monte pas en grade…
En 1948, François tombe dans le trou de fosse (22 mètres), il était « aboutier » à l’époque (entretien du puits), le plateau a basculé, le camarade qui était avec lui y laissé sa vie. François a été sauvé par un prisonnier Allemand descendu avec un panier pour le sauver, le prisonnier fut libéré.
Après cet accident s’occupait de la cage, la montée et la descente des mineurs et il a fermé certaines mines, il y allait en solex. Hélène parle d’un travail très difficile, dangereux, « j’avais plus peur que lui ».
Un salaire où l’on contait nos sous pour arriver à la fin du mois. Les grèves, il était obligé d’y participer, une vie bien triste en ces périodes et très dures, on avait pas de sous, pas de charbon, ... On avait de la soupe au château des mines,… La vie dans les corons : « On était tous Polonais, le boucher, boulanger… maman est morte, elle parlait pas un mot de français … les jardins, les bêtes, les oies, les pigeons… le foot. Y avait un jeune couple Polonais qui avait acheté une TV (en 1955), il la mettait sur l’appui de fenêtre, on s’installait tous avec nos chaises, c’était le cinéma gratuit pour tout le coron ! On vivait en famille, le mineur c’était une famille… mon mari jouait de l’accordéon, alors on avait fait un petit orchestre Polonais dans le coron et ça jouait, on dansait… Quand il était du matin, je me levais et lui faisais son briquet avec un flacon de café. Il fut un temps, ou l’on mettait le tout dans un journal, mais ensuite je lui faisais une mallette en tissus, cousue main. La douche se faisait à la mine. Il a fini sa carrière de mineur en 1969, … la silicose, il l’avait déjà avant… reconnu quelques années après à 80 % puis plus tard à 100 %, lavement des poumons pour arracher le charbon, ses poumons se décollaient. Il est resté 5 ans dans le canapé avec ses bouteilles d’oxygène, je l’ai soigné, ce fut une fin de vie difficile, de grandes souffrances, il est mort dans mes bras. Après sa mort un de ses camarades venaient tous les jours, s’asseoir dans le canapé, puis repartait. Pourtant, François a aimé son métier, « Je ne peu pas faire autre chose Hélène ! »
Notre parcours : difficile, la guerre, la mine, mais on était heureux, malgré tout, j’ai fait ce que j’ai pu. Mon mari disait toujours « Je préférerais mourir plutôt que mes enfants aillent à la mine ».


Cosimo Pulpito
17H Là est un homme aux allures et inspirations du personnage principal de Mineurs dell’arte. Je le savais dés notre première rencontre, Monsieur Cosimo Pulpito est né à Taranto dans le sud de l’Italie, « mon père était commerçant, mais l’ais peu connu, et ma mère lavait le linge des marins, puis a ouvert ensuite sa petite entreprise. J’ai eu une enfance sous Mussolini, une fois par semaine on devait mettre une chemise, un pantalon court et un chapeau et on allait à l’instruction au forum pour les discours des supérieurs. … on devait manifester la joie de Mussolini sur son passage… J’ai fini l’école à 15 ans. »
Après la guerre il n’y a pas de travail, on disait qu’en France il y avait du travail, alors je suis parti une première fois dans le centre pour 2, 3 mois puis suis reparti en Italie pour quelques mois, et suis parti en Belgique, en région Flamande, pour travailler à la mine, j’y suis resté deux ans. On était logé dans des baraquements qui avaient été fait pour les prisonniers Belges (trahison). Mais on y était bien, au début ça nous faisait drôle la différence de nourriture, des pommes de terre, alors que nous étions habitué à manger des pâtes … oh mais j’ai aimé les frites avec la viande. Au départ au fond, je tirais des pierres, le charbon, nettoyais les bois ... tout ça. On me mettait derrière l’abatteur et je dégageais le charbon.
La première descente, on était dans une grande sale, le porion attribuait les tailles, dans un couloir on me donne une lampe de 5 kilos, très lourde ! Un casque bien rond, une toile bleue et quand je suis rentré dans la cage – choqué ! Quand on est descendu je me demandais où je me trouvais. Même pour arriver sur le lieu, c’était pénible, chaud, soif, ½ heure de marche dans les galeries. Arrivée à la taille, nous étions une dizaine d’Italiens, on s’est dit mais c’est pas possible, ou on est ? On est des rats ? Qu’est ce qu’on fait on rentre chez nous, on reste ? (2, 3 camarades sont rentrés après cette première descente) ! Rien qu’arrivé là on était fatigué. Anecdote au fond : un jour je me précipitais pour monter dans la cage, déjà très pleine, je force, celle-ci démarre alors que j’ai une partie du corps dedans, et un autre dehors, un homme m’a tiré dedans, il m’a sauvé la vie, si non, j’aurais été déchiqueté ! – Un autre jour, pour aller plus vite jusque la galerie, j’ai emprunté le tapis roulant qui portait le charbon des tailles jusque dans les berlines, mais je n’ai pas réussi à sortir avant, j’ai roulé dans les glissières et suis tombé dans la berline, et là l’ouvrier quand y m’a vu a eu tellement peur il s’est mis à hurler en Flamand ! » Après cette expérience de la mine en Belgique, l’homme est venu jusque le Nord pour y rejoindre son frère qui travaillait aux ANF, « j’ai logé clandestinement à l’hôtellerie avec mon frère » j’ai travaillé plus tard deux mois aux mines du Nord, c’était encore pire qu’en Belgique ! Après un an reparti en Italie, l’homme reviendra en France, et se mariera à une fille de mineur. Le climat de mon pays me manque, le pays me manque, mais mes enfants, mes petits enfants, mon épouse et moi allons souvent en Italie. Si c’était à refaire, je continuerais mes études, ou si l’Italie à cette époque avait eu plus de travail... (hors caméra) J’espère que tout ce que j’ai dit pourra vous aider ; « Se andiamo al altro mondo » (si je m’en vais dans l’autre monde…)

MARDI 15 AVRIL

Roger Lartige
13H45 chez le mineur Roger Lartige, je gare ma voiture, la porte d’entrée de la maison s’ouvre. Si tôt installés, je dois parler fort, la mine a laissé des traces, aussi, chez Roger. Fils, petit fils de mineur, une enfance dans les corons, cité du Corbeau à Quiévrechain. Enfant, la mémoire de merveilleux souvenirs de ce temps, mais surtout, il était joueur, la vedette de la toupille !
« Même quand les adultes jouaient, ils me demandaient de venir dans leur équipe, on préférait tenir avec moi que jouer contre moi, je faisais mon homme ! On jouait pour le plaisir. »
Roger embauche à 14 ans à la mine, comme beaucoup, il est d’abord Galibot, il aidait l’meneur d’quevo. Il fera 36 ans de carrières entre les fosses de Crespin, Cuvinot, Vieux Condé, et Ledoux. Il travailla à l’abattage, puis en tant qu’électromécanicien et au bureau d’étude du fond. Il devait arrêter ses fonctions en Janvier 1981, mais a préféré prendre ses congés et finir le 23  Décembre 1980, en guise d’un bon Noël et du nouvel an « Si c’est pour mourir autant que ce soit à la maison, pas à la mine. »
Roger a connu les grèves c’était de 36, enfants, son père resté au fond… Puis en tant que Mineur, celle de 48, 63, 68 et des jours par ci, par là.
En plus de ces grèves c’était un mineur qui se confrontait aux porions, à l’ingénieur du siége, il est allé à plusieurs reprises leur causer, réclamer… il lui aura fallu 6 mois pour passé du statut 4 au 5, celui de chef d’équipe, qu’il était.
La Sainte Barbe, une anecdote, l’ingénieur du siége fouillait les musettes des mineurs avant la descente, le directeur qui venait du midi est intervenu devant tous : « Monsieur, que faites-vous ? Chez nous dans le midi, les ouvriers boivent quelques verres par jour, et ce n’est pas pour autant qu’ils travaillent mal !
A ce jour Roger est silicosé à 40%, plus des problèmes d’auditions,… et si c’était à refaire ? « Peut être »


Joseph Gorzelanczyk (entrée maison)
16H Jeanine Szeferowicz, fille de mineur m’accueille chez ses parents. En entrant dans la maison, il y a une table en honneur de son Père, Joseph Gorzelanczyk, un Polonais, mineur de fond. La maison est désormais vide, la maman est en maison de retraite depuis une semaine à Quiévrechain.
Je me rappelle quand avec différentes Polonaises on faisait les oreillers en plumes d’oies. Papa est arrivé en France à 7, 8 ans avec ses parents et son frère, mon parrain. Ils sont venus en train de Pologne. Il y avait beaucoup de Polonais dans la cité minière. Papa n’était retourné dans son pays qu’une seule fois.
Vers l’âge de 10 ans, il a d’abord fait des petits boulots dans différentes fermes et ensuite il a pris le chemin de la mine, 37 ans de fond. A me souvenir il a travaillé dans les fosses de Quiévrechain, Cuvinot, Vieux Condé, ses fonctions, avec les chevaux, Meneur d’quevo, à l’abattage.
Il me racontait qu’ils s’amusaient lors de douches avec ses camarades Mineurs, me parlait de la salle des pendus, des rigolades, mais aussi que certains de ses amis Polonais avaient été renvoyés en Pologne. Parfois, il rêvait que sa lampe au fond s’éteignait, alors il se retrouvait dans le noir absolu… Il a eu des blessures, avec une machine, puis une jambe cassée, dans la cage, il avait reçu de l’étage le produit de la lampe, mais surtout le plus terrible la silicose. Très très dur à être reconnu ! A la clinique Tessier, le docteur disait toujours qu’il n’avait rien, alors nous sommes passés par un autre médecin, puis, ensuite a fait un dossier, au final, 95 %, avec assistance respiratoire… et décès en Novembre 1999.
Enfant, la vie dans les corons était joviale, mon père était bien vu, on allait à l’école à pied, le soir ça jouait aux cartes au café du coin, il lui arrivait de ramener un peu de bois ou une gaillette dans sa musette, mais c’était interdit. … Janine fait comprendre que ce temps qui passe est difficile, son père qui n’est plus, sa maman en maison de retraite. La mine leur a aussi pris beaucoup.


En hommage à Joseph Gozelanczyk

VENDREDI 11 AVRIL, RENCONTRES INDIVIDUELLES À RAISMES: « AMOUR DE MINE »

Mémoire d’une berline de Sabatier L’église des mineurs des Corons Sabatier Pour la Sainte Barbe


Jean Pierre Blond
10 H Jean Pierre Blond ou « l’accordéoniste d’un pays minier » m’attend au pied d’une statue de mineur, à l’entrée du quartier de Sabatier. La mine est là, tout autour, les corons, le terril, un chevalet, les hommes…
Fils, petit fils de mineur, à l’âge de 6 ans, Jean Pierre est atteint de rhumatismes articulaires.
Ses parents lui font prendre des cours de musique, à 8 ans c’est l’accordéon ! Son père ne voulait pas que celui – ci travaille à la mine. Et pourtant, rien n’y fera. Malgré un premier retrait du fond de J. P. par son père, il y retournera définitivement en 1971, à vie, comme tous, m.i.n.e.u.r à vie, comme une histoire écrite, inscrite et indélébile. Pourtant Jean Pierre avait eu l’occasion rêvée de partir vivre de son instrument, sa mère lui a imposé son choix.
Sa carrière se fera entre les bals d’un orchestre le dimanche et dans 3 fosses pour 16 ans de fond, « c’est un métier qui demande beaucoup d’efforts physiques, on le fait dans le bruit, parfois la poussière, tout ça, on dégueule … » il terminera agent de maîtrise. « Mes copains ne me regardaient plus de la même façon… les avantages en nature ! Mon épouse refusait le bois qui nous était donné pour l’offrir aux voisins. J’avais accepté cette fonction pour gagner un peu plus d’argent. » « Les mineurs le dimanche mettaient leur chemise blanche. »
En 1980, c’est une première grève contre les fermetures qui s’annoncent… J.P. est le 1er mineur gréviste à rester au fond et occupe l’accrochage. Puis viennent les défilés à Lille, les luttes avec les CRS à Auby, où Giscard donne l’ordre de retirer l’émetteur de Radio Quinquin. « Les seuls qui sont descendus au fond dans ces temps de révolte, le maire et le député du PCF, alors je suis devenu communiste.
Ma première fille a été active avec nous à cette époque, même au niveau des piquets de grève. »
Malgré les luttes, la mine fermera… on tente la reconversion, si improbable, pour une existence où l’on est mineur à vie, un commerce, qui ne fonctionnera pas, comme si la fin de la mine avait gardé au fond d’elle ses mineurs. Alors, on ira vers d’autres métiers, mais surtout Jean Pierre, parcourra et toujours, à ce jour, de nombreuses salles, accordéon aux épaules. « Il y a 10 ans, si les mines avaient ré ouvert j’y serais retourné ! »


Jean Pierre Blond à l’accordéon

Marcel Lambay
14H Marcel Lambay, un papa Français et une maman Belge, petit moyen élève. J’allais en Belgique avec Maman, faire des courses pour d’autres. J’arrête l’école à 14 ans sans le certificat et part pour la mine, 33 ans de carrière. Ce, dans les fosses de Vicoigne, Sabatier et Arenberg, les métiers seront galibot, abattage, entretien mécanique, du puit et à la cage, remonter et descendre le personnel. « Durant les grèves je pointais les camarades qui étaient grévistes. Lors des piquets de grève, on avait fait des feux et on faisait cuire des patates dessus. … etc… La sainte Barbe se préparait plusieurs jours avant, on descendait au fond quelque bouteilles que l’on cachait, car 2, 3 jours avant le 4/12, on été fouillé avant la descente. »


Michel Martin
16H Michel Martin est un homme calme, fils de mineur, enfant, il allait travailler dans les fermes avec ses grands parents, il fut principalement élevé par ces derniers, son rêve serait de les revoir.
« A 14 ans, après le certificat, je suis allé embaucher de mon plein grès à la mine, malgré la volonté de mes parents que je continue les études. J’étais galibot et le soir je faisais des cours du soir en menuiserie, ébénisterie, j’y allais en vélo.
Du 15 juin 1955 au 16 février 1957 c’est la guerre d’Algérie, … (j’en ai jamais parlé à personne, sauf une fois). Au retour, je me marie. « Retour à la mine, 30 ans de fond, à l’abattage, principalement, dans 4 fosses différentes, pour finir à Sabatier. J’ai connu les chevaux au fond, qui comptaient les berlines au clic,… j’étais galibot à la grève de 1948, puis actif pour celles de 63, 68 et 80.
Dans mon métier j’étais un spécialiste de l’abattage et « des éboulements », on mettait un ouvrier marocain ou algérien avec moi, et on intervenait.
En 78, on me rachéte mes 5 % de silicose. Puis en 93 demande d’aggravation, 10 %, en 94, 20%... je suis contrôlé tous les ans. Mon beau père est mort à 65 ans, reconnu à 100%, il était constamment avec une bouteille d’oxygène. Au fond, le briquet (pause de 25 mn pour manger) une bonne entente de copains, avec les maghrébins, c’était formidable, le thé, les gâteaux… j’ai travaillé aussi avec des Polonais, des espagnols… La Saint Barbe, on démarrait au fond, pour finir au jour du café, une fois je suis rentré à mobylette, c’est celle-ci qui me portait !
J’ai aimé mon métier, mais quand j’ai su que les mines allaient fermer je ne l’ai plus aimé, et pourtant 28 ans après, j’en rêve toujours. »

JEUDI 10 AVRIL

Daniel Sliwinski Daniel Sliwinski au fond de la mine

10H c’est dans le quartier de Sabatier, à deux pas de l’ancienne fosse que je retrouve Daniel Sliwinski. L’homme est animé par notre rencontre, il me montre la lampe à flamme (en fonctionnement), le piqueur, la barrette, des coupures de journaux.
Daniel est d’un père et d’une mère Allemande. Le père était mineur, la mère a travaillé en tant que trieuse et a quitté la vie très tôt, à l’âge de 39 ans. Son enfance n’est pas heureuse, Daniel s’est retrouvé jeune garçon livré à lui-même, avec ses frères et sœurs. Il a donc pris le chemin de la mine, malgré une carrière promise de footballeur professionnel,… La première descente « je pleurais au fond » Daniel avait été mis « garde moteur », le bruit infernal, la peur, … le chef de taille la remonté en tête de taille pour un autre boulot. … Il travaillera au fond 27 ans, à Sabatier et Ledoux. Il fera 18 ans à l’abattage « La lampe du mineur, c’est la vie du mineur » - « travail abattu, travail boisé », Daniel, dit Popeye, une force terrible, « Je prenais le piqueur d’une main », un travail très pénible te dangereux « mais je l’aimais »… Il deviendra chef de poste et moniteur pédagogique.
Il a connu les grèves de 63, 68 et 73.
Daniel n’a pas de silicose, « J’ai toujours chiqué au fond. », puis une vie seine, du sport.
Et la fermeture des mines, « pourtant il restait du charbon ! » La nostalgie de l’époque, du métier est palpable « Dés que je croise un camarade dans la rue, on parle de la mine ! » La mine m’apparaît comme une histoire d’amour entre elle et ces hommes. La mine « J’en rêve encore !


Jean Claude Mercier
14H Jean Claude Mercier est un homme généreux, lui aussi, la mine l’habite toujours, jours et nuits.
C’est une carrière de 30 ans de fond, Sabatier, Ledoux et Roost - Warendin. Il est fils et petit fils de mineur et sa mère était aussi trieuse.
Une famille de 5 enfants, où certains sont partis tôt, l’homme évoquera très peu ce, par pudeur des émotions. Il parle de son enfance, des jeux, de ses souvenirs, ainsi que de ses grands parents.
L’homme avait un rêve faire du théâtre ou des décors pour ce… Au fond, il sera principalement électromécanicien. Parfois, certains faisaient des blagues, une souris dans le briquet… etc.
La Sainte Barbe, on commençait au fond le 4/12 à 9heures pour finir en face le 5/12 à 12 heures, c’était quelque chose. En ce temps, il y avait plus de solidarité… Il parle du partage du fond, les marocains qui l’invitait à boire le thé et manger des gâteaux,… on était tous pareil – des gueules noires

JEUDI 27 MARS, RENCONTRES INDIVIDUELLES À LENS, « MINEURS À VIE »


Un terril

C’est sous l’ombre de deux terrils à deux pas de la fosse 11/19, que je rencontre ce même jour toute la dimension du Mineur.
Les deux interviews prendront près de deux heures, des moments pleins, deux hommes qui se livrent. Tous deux vivent depuis toujours dans la cité minière, ce sont des mineurs à vie. Ils ont une  lueur dans leurs yeux en évoquant cette vie


François Cerjak, ancien délégué mineur, syndicat CFTC
10H Avant notre rencontre, François m’avait adressé par courrier et par mail, des pages de témoignages, de revues de presse… C’est un homme « bon ».
Arrivé chez lui, nous sommes à l’aise l’un envers l’autre. L’interview démarre, François est né d’un papa venu de Slovénie, et mineur, et d’une maman, Allemande.
L’homme est massif physiquement. Il évoque son enfance, ses parents, sa vie de fils de mineur, qui, lui-même devient galibot à 14 ans. « Petit je voulais pas aller à l’école, … j’ai été heureux de la quitter puis de m’embaucher à la mine. » Le premier jour, c’est de l’émotion, de la fierté … à la descente, un peu d’inquiétude, des bourdonnements aux oreilles … la cage descendait de 6 mètres par secondes.
François a passé 34 ans au fond, dans différentes fosses autour de Lens et pour différents métiers. Il terminera délégué mineur, l’homme est croyant, il appartient au syndicat de la CFTC.
Il évoquera le travail du mineur, très difficile, la poussière, le bruit « On a vu la mort arriver ! ». À l’époque de la bataille du charbon, il fallait produire toujours plus « Même si un mineur pouvait tomber, on aurait pu lui marcher dessus, tant il fallait produire… » Puis les grèves de 1948, les CRS, l’armée, les piquets de grèves.
Des rêves, l’homme en a, monter au mont-blanc, faire le tour du monde. Mais il a aussi des cauchemars, encore et toujours.
François parlera un long moment de la catastrophe de Liévin du 27 Décembre 1974, 42 victimes. A l’époque, il est délégué mineur, ce matin-là, il est 6 h 10, il se trouve au niveau de la lampisterie. Des porions arrivent là dans l’urgence, ils venaient d’avoir un coup de fil du fond, « quelque chose est arrivé. François il faut vite descendre. »
Au fond, un coup de grisou, François découvre la mort de ses camarades projetés et encastrés dans les parois des galeries.
Il évoquera le fait de cette catastrophe, ainsi que ses relations au juge Pascal.
François a trois enfants, il n’a pas voulu que ses fils travaillent à la mine.
Il accumule depuis toujours, des images, photos, articles autour de la mine, une fierté de son parcours, pourtant difficile par les conditions de vie, de labeur.
François, aujourd’hui voudrait écrire un livre pour laisser une trace et transmettre la mémoire.
Nb : une pause durant l’interview, le téléphone sonne. François regarde sa montre, puis me regarde « il est onze heures, c’est l’heure du champagne ! »


Claude Bouin, responsable du syndicat des mineurs CGT
14H Nous nous sommes rencontrés avec Claude le 6 Mars à la médiathèque de Lens. L’homme a une telle culture de la mine, que je lui avais proposé spontanément d’être le référent technique pour le travail d’écriture, ce qu’il avait accepté.
Le grand père, et le père de Claude étaient des mineurs, sa maman n’a pas travaillé.
On était des mineurs de père en fils. Il est issu d’une famille de 19 enfants !
Il évoque son enfance, ses souvenirs de la seconde guerre mondiale et des bombardements de la gare de Lens. Puis la libération, les partisans qui chassaient les derniers Allemands. « Je me souviens, on courrait derrière les camions Allemands pour avoir du pain. A cette époque mon père troquait du charbon contre du beurre, des pommes… Parfois, il était arrêté en entrant du village avec quelques provisions, les Allemands en général ne faisaient que le contrôler, c’était les policiers Français qui lui prenaient ce qu’il avait réussi à avoir pour manger. » Puis il parlera des grèves de 48 ou il a fait parti de ces enfants accueillis par des familles en région parisienne.
Comme son père, Claude devient mineur, Galibot à 14 ans, sa carrière se compte sur 34 années de fond. Même  l’armée se fait à la mine.
Et se fait reprendre par ses supérieurs, car déjà, l’homme accompagne la grève face à l’injustice, et en tant que militaire, il n’avait pas le droit. Il sera même menacé par le capitaine, en cas de récidive de grève, c’est l’Algérie !
Des rêves lui ont traversé l’esprit, être menuisier ou horticulteur, il a aussi joué du saxophone dans le groupe de musique, il faisait des bals dans la région, parfois un retour à 4 heures du matin, pour prendre le poste à 5 heures à la mine.
Il a aussi travaillé dans différentes fosses autour de Lens. Il deviendra le responsable des mineurs CGT et aura pour fonction de veiller à la sécurité au fond de la mine et de former les délégués mineurs. Il parlera, aussi, longuement de la catastrophe de Liévin, 42 victimes, 6 rescapés, 130 orphelins. A noter que Claude travaillait à cette même fosse une dizaine de jours au paravent. Puis son changement de fonction lui a valu de ne pas être au fond au moment des faits. Ce 27 Décembre, Claude, se rendra aux bains douches de la fosse 3 et aidera là les secours, et l’identification des corps.
Durant une demi heure, il précisera les faits techniques de cette catastrophe. Ses longues recherches autour de ceci. Sa collaboration au juge Pascal, puis son intervention au tribunal pour le compte de la CGT, parti civile, dans cette affaire. Etc…. cette affaire à fait l’effet de 10 ans de procès et a été incriminé pour le compte des houillères l’ingénieur du siège. Il fallait un coupable !
Nous échangerons de longs moments sur des précisions techniques, de fonctions, de parcours… pour alimenter l’écriture, savoir s’il est possible ou pas…
Claude se bat toujours aujourd’hui face aux Houillères pour défendre les droits des mineurs, non reconnus silicosés, le droit des veuves… à ce jour il est aussi :
-membre du bureau de la caisse régionale de la sécurité sociale minière
-président pour la commission des marchés de la caisse régionale minière
-membre du CA d’une association d’anciens mineurs marocains
Le 15 mai 2007 on lui a remis l’insigne du mérite national.
Claude, lui-même, souffre de bourdonnements constants dans les oreilles, dues au travail au fond, pour ça il ne touche aucun dédommagement car il n’a pas déclaré ceci aux périodes définies.
Claude me fait comprendre qu’il a saisi la volonté d’hommage à travers ce projet. Et précise qu’il est là pour toutes questions…   
Je pense avoir contribué à ce que ce soit moins difficile pour mes semblables. J’ai peut être pas fait assez … Si c’était à refaire, je le refais. Comme disait Voltaire « J’ai fait un peu de choses et s’est mon meilleur ouvrage ».

MERCREDI 26 MARS, DES VOIX SOUS L’ŒIL DE JAURÈS

Charles Adelmant, chef du Chœur de la chorale « le plaisir Choral » m’invite à venir assister à une répétition à Aniche, salle Jaurès. Il est 20 heures, des hommes, des femmes montent un escalier, je le suis. Je découvre une grande salle, comme une classe, de nombreuses chaises en bois y sont disposées en demi-cercle, il y a un tableau d’écolier et, sur le fond, une grande peinture de Jaurès. Madame Adelmant, écrit sur le tableau noir, « La lune écoute aux portes », quelques yeux curieux guettent son annonce des prochaines représentations et me regardent. Charles me présente, « j’ai vu le spectacle de Stéphane, … un grand respect de Brassens ». Puis près de 45 personnes prennent place et se préparent à chanter. Il y a une énergie bien présente entre ces gens. Charles, leur propose de travailler un nouveau chant autour du thème de la mine… Le texte prend un certain temps à la mise en place, plusieurs minutes, en fonctions des timbres de voix, des montés et harmonies… Puis, vint le moment où tout s’imbrique et s’envole-je suis soufflé !
Charles enchaîne avec un chant Italien de la renaissance. Je suis conquis.
Il me propose de prendre la parole et de présenter le projet « Mineurs dell’arte ». Je m’exécute dans une grande attention de l’assistance et remercie vivement ces chanteurs et chanteuses pour ce moment qu’ils viennent de me faire vivre.
Charles Adelment est très motivé à l’idée d’une collaboration sur le spectacle, nous devons nous revoir très prochainement. Le niveau de la chorale est excellent, qu’on se le dise.

VENDREDI 21 MARS, RENCONTRE AVEC MON GRAND PÈRE, NINO ROPA: « LA SOLITUDE ET LE DÉRACINEMENT »


Nino Ropa

Nino est assis sur la chaise, face à moi, il est seul. Mon grand père a perdu son père en Octobre 1944, tué par les Allemands, lors de la  libération. En 48, l’Italie est toujours sans travail, de cette même année, il quitte son pays et pare pour la France, le 5 janvier. Il travaillera un peu dans le bâtiment et ensuite à la mine. Cinq ans de fond, comme remblayeur (rebouche les veines où l’on extrait le charbon), conduit le cheval qui tirait les berlines (meneur d’quevo). Puis, 5 ans plus tard il travaillera au jour au parc à bois, à la lampisterie (séquence : les pieds sur une chaise chaussés d’une paire de chaussure Italienne en cuir, aux lacets rouge. Il fait croire à tous les mineurs qui remontent du fond que ce sont les nouvelles chaussures de sécurité – Tous se précipitent au magasin pour les réclamer. L’employé du magasin, un autre Italien, est venu à lui en lui disant « Mais c’est pas possible qu’est ce que tu as raconté ?!!!) Puis il sera jardinier pour un ingénieur à la fosse 9 de Roost Warendin et enfin terminera ses fonctions à la direction générale comme maître d’hôtel, valet de chambre…
Je connais l’homme, son histoire, ce jour, il est discret. Il parle de sa première descente dans la cage, la chaleur, il ne savait pas ce qui l’attendait au fond, la seule idée était les dires des copains. Il parle des Porions de ce temps qui appelaient les Italiens « Les Macaronis ». Il évoque un peu la chorale, et la direction des mines qui l’avait créée pour garder les Italiens sur place.
Un regret peut être, de ne jamais être reparti chez lui. « Mon pays me manque, mes montagnes et ma famille », « Est-ce que vous pouvez aujourd’hui exprimer ce manque ? » - « Non »

MARDI 18 MARS, RENCONTRE COLLECTIVE À RAISMES, « LA NOSTALGIE D’UNE ÉPOQUE »


La dernière berline

Avec la présence de 6 anciens mineurs (Michel Martin, 30 ans de fond / Freddy Decroly, d’origine Belge, 22 ans de fond / Daniel Sliwinski, 27 ans de fond / Jean Pierre Blond, 17 ans de fond / Jean Claude Mercier, 30 ans de fond / Marcel Lambey, 33 ans de fond) et Michèle Blond, femme de mineur. Tous sont OK pour la rencontre individuelle. Jean Marie Fillette pour le collectif contre l’oubli de la mémoire présente.


Jean-Pierre et Daniel commentent les coupures de journaux de l’époque

Jean Claude Mercier ouvre la rencontre « C’était bien mieux avant ! Ach’teur un tu un homme pour une cigarette ! »

Très vite sont évoqués les moments de grèves. Des journaux sont présentés.

  • Jean Pierre Blond « en ce temps là, on avait moins de soucis, solidarité, … nostalgie de le mine »
  • Jean Claude « Guinguette, cinéma…jouer aux cartes, à la pétanque. »
  • …Jean Pierre « Grève de 79 – 80, heureusement que les femmes étaient là ! »
  • Michèle « Sur cette photo, j’ai attrapé un coup de matraque ! »
  • Michel Martin « On faisait toujours grève l’hiver… Je n’ai jamais parlé de la mine, et de l’Algérie à mes enfants. »
  • Freddy Decroly « Mi plus à mes petits enfants, qu’à mes enfants. »

Certains de ces hommes, à ce jour rêvent toujours de la mine. Une nuit de la semaine dernière, dans son sommeil Jean Pierre crache « Oh merde, j’m croyais à l’fosse ! »
Michel évoque la grande amitié entre les ouvriers. Jean Pierre évoque la fierté d’être mineur. Michèle, « Femme de mineur, femme de seigneur…on avait la belle vie ! »
Une anecdote de cage en panne pendant 10 heures, on changeait de places à l’intérieur de celle-ci pour faire face aux engourdissements.
Le briquet, Jean Pierre parle de son pain de 700 avec le Saindou et dans sa gourde le café avec de l’eau.
Daniel raconte qu’une semaine avant la sainte Barbe, on descendait des bouteilles de vin au fond. On les cachait ! Car quelques jours avant la Sainte Barbe, on était fouillé avant la descente !
On chipait du Role qu’on faisait tremper dans du Rhum et on coupait en rondelles. Si on ne chiquait pas on avait plein de poussières de charbon dans la bouche !
Un jeune y avait du boulot, on quittait l’école et on allait à la mine.
Freddy parle des signes que l’on se faisait avec la lampe au fond (un cercle signifiait : vient, de gauche à droite : non).
Sera évoqué les amendes.
Jean Pierre raconte que au fond, les jours de visites des ingénieurs, des chefs… les mineurs le sentaient aux parfums des courant d’air !


Drapeau de 1936 (caché au fond en 39)

 Dimanche 9 MARS, IL FAIT NUIT, REPRISE DES NOTES DU FILM « Journal d’un mineur » de Jean-Michel Barjol
Avec Joseph Tournel, mineur, sur les traces de son ami Ignace Flacynski (mineur Polonais et auteur de lettres retranscrivant la vie de Mineur).

Extrait de lettre :
« Moi, je faisais partie des résignés, bien conditionné par la famille d’abord. La peur des gendarmes, la peur de l’expulsion en Pologne. La peur du chômage. Le gros inconvénient d’être Polonais, bien conditionnés par notre condition même. En dehors de la fosse commune, pas de salut.
J’étais superbement con, au point de ne pas savoir qu’on pouvait trouver un autre boulot ailleurs, qu’on pouvait s’en sortir même mieux, beaucoup mieux qu’ici.
Mais va-t-on voir ? Mon père était émerveillé, le salaire assuré, la maison sans payer de loyer, la pension qui se disait chaque jour à petit bout. La caisse des secours gratuites, la sécurité quoi. Alors, il fallait la boucler.
…Nombreux étaient les polonais qui avaient une mentalité de serf qu’ils avaient ramené de leur coin de Pologne où ils crevaient de misère, ou de leur coron de  Westphalie. Les troupeaux, d’émigrés ont essaimé dans cette région, agglutinés autour des chevalets, comme des Indiens dans leur réserve, ou autour du curé comme la plus arriéré des tribus d’Africains. Les actionnaires, les patrons, les capitalistes, chrétiens du dimanche par excellence, nous ont, durant toute notre vie, pressurés comme des citrons, et non jetés, secs, vidés de ce qui aurait pu être notre vie. » Ignace Flacynski
« Dés la 1ére descente, petit à petit s’est installé en moi un curieux sentiment. J’avais l’impression d’être condamné à quelque chose qui ressemble aux travaux forcés à perpétuité. Je ne voyais pas d’autre issue que la mine possible. Combien de fois j’ai entendu mes camarades jeunes ou vieux pester avec rage et colère et se demander ce qu’ils avaient fait au bon dieu pour en être là, à se faire crever ainsi, va t’en savoir pourquoi et pour qui ? j’ai été à ce point désemparé dans ce monde de dingue, hostile et dur. Que l’idée de suicide m’a traversé l’esprit à plusieurs reprises. Encore soit aisément qu’il n’est guère possible d’éprouver aujourd’hui de nostalgiques regrets pour une telle enfance. Se défendre, ne pas se laisser faire, ne pas se laisser entamer par ses actions d’humiliation. Je n’avais, hélas, que ma pauvre résignation d’enfant. Et ma fieffée fierté de gosse perdu dans ce monde là. Tout m’était étranger et je ne pouvais rien attendre de personne. Il me reste donc que le silence, ou parfois des larmes de rage et de profond désespoir. Il est navrant de remuer des sentiments en soi, l’évocation de ces temps là qui montrent plus proche de la réalité que de l’amour pour un métier qui est tout leur vie. » Ignace Flacynski

DIMANCHE 9 MARS, EN ROUTE VERS RAISMES

SAMEDI 8 MARS, UN CLIN D’OEIL

A l’occasion de ces premières pages du journal, je souhaite faire un clin d’œil à Laura, petite fille de Ettore Vitali, de Gaggio Montano. Nino et Ettore se connaissaient et tous deux ont fait le même parcours de leur village au Nord de la France et sont passés par la mine.

VENDREDI 7 MARS, GRANDES LIGNES DES RENCONTRES INDIVIDUELLES À AUBY

Panneau Auby mémoire du mineur

 


Francesco Ennas
10H Rencontre avec Francesco Ennas. L’homme est Italien, Sarde. Il évoque ses souvenirs, son enfance, son père mineur et la mort de ce dernier, le travail à la mine en Italie puis en France (30 ans au total) il a travaillé à la Fosse 10 de Leforest et à la Fosse 9 de Roost Warendin, puis la solidarité entre les mineurs, ne développe pas trop sur les luttes sociales. Il a pris la nationalité Française, mais a toujours son pays, sa région dans le cœur. Il évoque une anecdote autour de la Sainte Barbe très surprenante, liée à la mort de son père. L’homme est chanteur, il chantait dans la chorale Italienne, à la fin de l’interview, il chante : « O solé Mio». Quel moment !


Alcius Lespagnol
14H Rencontre avec Alcius Lespagnol. L’homme est de la Région de Leforest, il a travaillé 3, 4 ans à la fosse 10 de Leforest comme électro-mécanicien. Il est fils de mineur. Il précise souvent qu’il n’a pas grand chose à dire, qu’il a peu travaillé à la mine. Il était évident que quelque chose n’était pas dit, exprimé. Il a évoqué les luttes de 68, mais n’a jamais voulu adhérer à un parti. Pour lui la mine est un souvenir difficile, il n’a pas parlé à ses enfants et petits enfants de ce. Juste avant la fin de l’interview, il évoque ce qui suit, vers la fin des années 60 (il n’avait plus de date exacte en tête), à son retour du service militaire il retourne à la mine, puis la quittera pour s’engager dans l’armée. 2 ans après l’avoir quitter, ses camarades électro-mécaniciens de la fosse 10 meurent dans un accident au fond. L’homme livre ca, il craque un peu, et il dit, je les ai tous perdu, et j’aurais pu être avec eux si je n’avais pas quitté la mine.

JEUDI 6 MARS, RENCONTRE À LA MÉDIATHÈQUE DE LENS

Il y avait à cette rencontre deux hommes, anciens mineurs de la région, l’un est le responsable du syndicat des Mineurs CGT, l’autre, est un poète :
Monsieur Claude Bouin est le responsable du syndicat des Mineurs CGT (voir photo ci-joint), il est d’une très grande source d’informations. Il me donne le contact du responsable à Dechy de l’association des Mineurs Marocains, que je vais contacter prochainement. Je lui ai proposé d’être mon référent pour tout ce qui est lié à la technique et la spécificité de la mine. Il évoque beaucoup de choses, dont la catastrophe de Liévin  en 1974, l’émotion est très présente, les luttes, etc
Le second, Jean Pierre Liénard est un mineur de fond, et poète, (présent même de ses vacances François Cerjak).
Tous deux ont accepté de participer à l’interview individuelle. Un troisième homme en vacances, François Cerjak a adressé par courrier, des pages de témoignages et des articles de presse le concernant, très touchant. Ce dernier participera également à l’interview. Par ces intermédiaires et la presse, nous serons en mesure de trouver deux autres personnes.


La Voix du Nord éditions de Lens, Samedi 8 Mars

Ces premières rencontres collectives sont d’une très grande richesse, source, nuances, couleurs, etc. Il est évident qu’en « majeure partie », le propos de la mine est très peu transmis aux générations suivantes, enfants ou petits-enfants. Il est troublant de constater la mémoire de ces hommes face à leur métier, aux luttes sociales, à une époque, etc les rencontres individuelles vont offrir d’entrer dans toute cette matière. Il m’apparaît aussi évident que pour certains, face à cette époque et ce métier, une solitude a pris le pas sur ceci et ces derniers.
Les prochaines rencontres collectives se tiennent à Raismes, le 18 Mars, et seront à venir Haveluy et Lewarde. Dés demain matin, 7 mars, démarre les rencontres individuelles à Auby et très prochainement je contacte la chorale Polonaise pour une nouvelle rencontre et plan de travail.
Le planning des rencontres s’est décalé.
L’écriture est en cours. Aujourd’hui, 6 Mars, m’apparaît la nécessité à incarner et insérer Nino au temps présent. Il l’était à l’initial par son arrivée en 48, mais il doit l’être à l’instant « T », là et maintenant. Ce, au début, pendant et en final. Je vais donc également jouer Nino, au présent, il raconte, évoque avant son déménagement pour là haut, le ciel, la terre, la vie, la mort. Le chant final m’est inspiré par Francesco Enass, rencontré hier à Auby (ci-dessus). Puis une photo et ces rencontres m’éclairent sur le début, une atmosphère, des orientations à la matière.


Photo contre jour

 
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