LUNDI
3 MARS, rencontre à la Bibliothèque de Quiévrechain, Un tour de la
table surprenant ; 4 hommes, anciens mineurs et de différentes
origines :
Un
mineur de la région, Roger Lartige, 36 ans de carrière, un Italien
(du Sud), Aulfio Causimo, qui a fait un bref passage à la mine (il
a très certainement quelque chose du personnage principal, dans l’accent,
le geste,… ce dernier insistait beaucoup sur la notion de souffrance,
etc, il a vu la Lune écoute aux portes, en septembre dernier), puis
un homme d’origine Belge, Henri Neumann, idem au passage au fond, un
autre d’origine Polonaise, Simon Neumann, idem au passage de la mine.
Puis, une femme, Janine Szekerowicz dont le père était mineur. Il est
évident que Roger Lartige est une réelle source d’informations. Le
plus discret est l’homme de souche Polonaise, ce dernier, visiblement,
ne participera pas à la rencontre individuelle, il ne le souhaite pas.
Les autres sont plus OK, nous fixerons prochainement les RDV. Pour
réaliser celles-ci, j’envisage de passer deux jours sur le site. Il
est convenu que le service culturel de Quiévrechain me mette en contact
avec un mineur du Borinage en Belgique, visiblement, l’homme est très
malade, voilà pourquoi, il n’était présent à cette réunion. Nous irons,
si, il l’accepte, directement chez lui.
LE
15 FEVRIER, les retrouvailles !
50
ans après la chorale Italienne, Nino et Francesco se retrouvent à Auby,
sans grand développement. Les deux hommes se sont tombés dans les bras.
DU
26 JANVIER AU 1er FEVRIER 2008, Voyage avec Nino à Bologne
et Gaggio Montano
Paris,
aéroport ; Roissy Charles de Gaulle, dans un avion, le commandant
de bord annonce un décollage imminent.
A
gauche une vue sur Paris s’offrira aux hublots, et, pour le moment,
les amis des animaux peuvent contempler sur la droite de l’appareil
des lapins.
Le
temps passe vite dans les airs, des consignes à la sécurité, nous survolons
Genève, les Alpes, puis la descente commence. Avec un chewing gum dans
la bouche en compagnie de Nino, nous arrivons à l’aéroport de Bologne,
l’Italie. Un grand hall abrite quelques tapis roulants, destinés à
être porteurs des bagages. L’un d’entre eux va guider les nôtres jusqu’à
l’endroit où nous nous sommes postés. Il y a des hommes, des femmes
de France et d’Italie, dé l’Italia.
Italia,
l’atmosphère est déjà très présente, transpire. Des lunettes de soleil
sont postées sur quelques visages. Un homme d’entretien est à quelques
mètres parmi tous ces voyageurs. Il a une tenue de fonction, d’un tissu
rouge intense. Il est en action ralentie avec un ballet à la main,
un chariot à ses côtés, portant toutes sortes de produits pour son
activité. Il a une barbe de quelques jours. Une casquette retournée
couvre des cheveux en bataille tirant aux gris et lui assurant un certain
âge. L’homme siffle dans a petite labeur, il siffle d’être là, il siffle
ce pays comme d’être vivant.
Pascal,
frère de Nino, nous attend, nous accueille. Les deux hommes ont des
regards dans la tendresse à leurs retrouvailles. Après quelques pas,
nous sommes sorties de l’aéroport, et nous nous dirigeons vers la voiture.
L’air est différent, les gens parlent fort, presque ils chantent, le
ciel est bleu – l’Italie envahit, me saisie.
La
voiture roule, je regarde, bois, inlassablement. Quelques minutes s’écoulent,
nous arrivons chez les tantes, les zias, Gina, Emma, Anna qui nous
attendent sur le pallié. Ma dio Stéfano ! L’une pleure, l’autre
me serre dans ses bras, une troisième avait oublié avec le temps passé.
18 ans que je n’avais revu l’Italie. La table nous attend déjà, des
plats arrivent aux apparences divines, fines, aux subtilités d’arômes
propres à ce pays. Un vin rouge pétillant accompagne le tout.
Le
matin du premier jour, dans un grand sourire, toute la famille prend
la route de Gaggio Montana, le village de leur enfance. Durant la route
Martino, me fait entendre un opéra Italien, il offre de savourer avec
lui cette écoute. C’est un oncle – original – il a pour habitude de
se rendre fréquemment dans un bar, s’installe sur un tabouret au comptoir
et déguste une glace à l’eau, seul sous sa casquette. A notre arrivée
au pied du village c’est une pause pour acheter le parmesan, médaillé
d’or, Ma, il est fait avec le lait des vaches d’un voisin. L’ascension
reprend aux rythmes de brefs saluts, ici et là. En haut, je prends
le temps de poser la main au sol, comme un silence. Un restaurant est
réservé pour nous accueillir à plus de trente cinq convives à table.
Le passage de Nino rassemble, des cousins, cousines, une tante de 98
ans…etc Toutes et tous, viennent des montagnes de Gaggio et environnantes.
Nino est ici un homme différent, libéré…Il est honoré avec des rimes.
La poésie est très présente au quotidien et dans le langage. Nous mangeons,
beaucoup, autant que les émotions coulent comme le vin, et vivent dans
les yeux, les mains, les corps. Le message circule autour des deux
longues tables, Nino est venu avec son petit fils di Francia, qui va
le raconter dans un spectacle. On me demande à plusieurs reprises de
revenir l’accompagner ici, on me parle vite, je comprends un peu, beaucoup,
pas du tout, etc, je réponds des Si, des Si – Si, comme l’impératrice,
Ma Si – Si. Les heures s’enchaînent, tout aussi rapidement, le ciel
des montagnes change de couleur. Je filme, photographie, Nino montre
et parle devant la maison de sa naissance, la mort de son père tué
sous ses yeux par des Allemands en 1944, malgré les airs de la libération
à l’époque. J’observe, écoute, entends et reçois. A quelque pas de
là, je le croise, Alberto, sur le mur de l’église en travaux, une photo
aux souvenirs des enfants morts pour Gaggio Montano.
Demain
est en Vespa à Bologne, le vespa envahit la ville en Italie, il se
stationne par centaine, Bologne est une ville d’une superbe beauté,
une architecture diverse, ocre, massive. Des boutiques stylées annoncent
les soldes. Des offices de charcuteries, légumes, pâtes ont les portes
grandes ouvertes, quel délice à les regarder. Les églises y sont grandes,
vastes, des fresques murales exposent des scènes de la renaissance
Italienne.
Mia
bella amica di Carpi vient nous offrir sa belle visite et nous honore
de sa présence à table le soir. Je suis heureux de partager ce moment
avec elle, et la conscience que notre génération rencontre des mêmes
points d’orgues au Nord, comme au sud de l’Europe.
Il
y a un fait, dés que quelqu’un vous sait Français, il dit : Ah
Sarkozy ! et s’en suit La Bruni avec un R roulé – Oh Réalité !
– nous voici associer à ce dernier sur simple prétexte d’origine- Ma !
c’est un Mais. Le Ma est utilisé comme pour exprimer une absence de
réponse, une action de couper court ou d’être surpris, ou de ne plus
rien à dire, Ma !
Chacun
des midis, chez, l’une ou l’autre tante, nous mangeons les pâtes en
entrée, chacune différentes, al dente, et aux sauces et agréments qui
envoûtent et vous chopent le palet. Et s’en suivent des spécialités
à vous rendre fou ; des viandes, carpacio, gratins, etc. Malgré
cette intensité gustative, il est évident que la cuisine est équilibrée,
mesurée. Elle est comme une grande et belle peinture, un bouillon de
couleurs et un mariage réussi.
Les
soirs et Nuits débutent chez il zio Pascale, la Liliana et Andréa leurs
fils de 31 ans ; il est trisomique. Nous regardons la TV, des
jeux et émissions populaires qui se succèdent aux heures de grande
audience. Andréa assis dans le canapé siffle, lui aussi. Je l’interpelle
en sifflant. Alors on ne se parle plus, on se siffle, comme des oiseaux.
Andréa me souligne qu’il est important de siffler dans son existence.
D’autres
soirs sont chez la zia Gina et Martino, un appartement aux mille merveilles,
des tableaux, des livres. L’art figuratif est très présent dans les
foyers, ainsi que les représentations de la religion. Gina est d’une
grande écoute, on s’écoute, se raconte, depuis 18 ans. On se regarde,
au fond des yeux.
Les
rapports hommes, femmes, semblent structurés, organisés, au travail,
foyer, à la cuisine, dans l’éducation il y a comme des procédés réglés
inter génération.
L’élégance
est infiniment présente, dans la rue, les gens, la langue, les vêtements,
l’architecture, les attentions. Le temps passe et je me remplis de
ce pays, comme on déballe un cadeau quand on est gosse.
Déjà,
le jour du départ, une valise pour nos vêtements, une seconde pour
le jambon, la mortadelle, le parmesan. Pour dire au revoir, on dit
Ciao mais la densité, lumière et beauté de ce pays, ne le fait pas
dire une fois, mais deux trois, quatre, cinq fois, avec les main levée :
Ciao, ciao, ciao, ciao, à bientôt Italia, je t’aime, dis leur.
NB :
Une rencontre avec Adelfo à Gaggio Montano, responsable de la revue
Gnete di Gaggio, (Les gens de Gaggio) annonce le suivi du travail de
la création « Mineurs dell’arte ». Le partenariat de la commune
sur ce dernier ainsi que le projet de re créer celui-ci chez eux, avec
leur troupe de théâtre et le chœur d’hommes.
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| Panneau
Gaggio Montano |
Maison
Ropa |
Hommage à l'arrière
grand-père |
AUBY.A
cette première rencontre, est présent Francesco Ennas qui a chanté
avec Nino dans la chorale des Mineurs Italiens du Nord en 1958.
Organisation
avec les partenaires :
- Bernadette (responsable service
culturel) rappelle le travail autour de la mémoire mené à Auby et
la résidence de Stéphane en 2008, avant le Printemps culturel. Les
écoliers seront associés, à travers un travail avec Stéphane, des
visites du Centre minier de Lewarde, un système de parrainage des
classes….
- Valérie Carlier (responsable de
la section adulte de la bibliothèque d’Auby) cherche à raviver la
mémoire des anciens mineurs (qui bougent moins que ceux du Pas de
Calais).
- Karima (collaboratrice service
culturel).
- Johann (Printemps culturel) :
15 communes du Valenciennois/porte du Hainaut.
- Sabine (chargée de programmation
+ collection iconographique et sonore du Centre historique minier
de Lewarde).
Planning
de Stéphane : rencontre avec les mineurs à la fin de l’hiver,
première version du texte achevée pour fin mai. Répétitions dès Juin.
Représentation
à Lewarde : impossible de bloquer la salle des Pendus pendant
le temps de la création. On envisage plutôt une ou deux représentations
pour 2009.
Création
au théâtre du Colisée à Lens le Vendredi 5 décembre 2008, pour la Saint-Barbe,
avec la chorale au complet. Représentation à Auby dans la foulée (Dimanche
7 décembre ville récupéré un hangar désaffecté, qui s’est avéré être
une ancienne salle des Pendus. Peut être un lieu de représentation
possible. La médiathèque est en travaux après l’incendie de 2005 (pendant
une expo sur la mémoire de la mine). Tout le monde déconseille de jouer
entre le 15/12 et le 15/01, « les gens ont la tête ailleurs… »
Autres
participants de cette rencontre :
- la principale et le principal adjoint
du collège d’Auby
- une enseignante en primaire, responsable
pédagogique REP (Réseau d’éducation prioritaire), qui annoce le désir
de l’inspecteur que les enfants conservent une trace de ce projet,
représentation ou autre. On pourrait aussi faire venir les grands-parents
à l’école, organiser une expo photos, rédiger des articles…,
- deux membres de la chorale polonaise
« Enfance et tradition » (descendants de mineurs polonais,
voir http://enfanceettradition.com),
le chef de chœur est OK.
Les
Mineurs présents :
- Francesco Ennas et sa femme :
lui Italien, soliste dans la chorale de …Nino Ropa ! et son
épouse française qui connaît toutes les chansons par cœur.
- Jacques Lesage, ancien mineur.
- Monsieur Lespagnol, représentant
du comité de quartier des Asturies (où habitent de nombreux anciens
mineurs),
- Deux veuves de mineur. L’une a
tourné dans Mémoires de la mine de Jacques Renard. Elle évoque l’amitié
entre les mineurs, l’absence de racisme, la nécessité de parler aux
générations suivantes, qui se plaignent de la violence et de l’individualisme
actuels : « Au fond d’la mine, on savait s’donner la main,
on était fraternel. »
En
conclusion, l’aventure semble intéresser tout le monde. Au boulot !
Pour
la production du spectacle étaient présents Stéphane, Janine Marc Pezet,
Renaud Personnaz, Anne Dartigues.