" Parfois, il rêvait que sa lampe au fond s'éteignait, alors il se retrouvait dans le noir absolu… "

Jeanine, fille ed euch grind Joseph deul fosse Cuvinot d'brun

&

Galerie de gueules noires
journal de la création 1ère partie

En hommage à tous ces héros de leurs vies

S.Ropa©2008 - tous droits réservés


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LUNDI 3 MARS, rencontre à la Bibliothèque de Quiévrechain, Un tour de la table surprenant ; 4 hommes, anciens mineurs et de différentes origines :
Un mineur de la région, Roger Lartige, 36 ans de carrière, un Italien (du Sud), Aulfio Causimo, qui a fait un bref passage à la mine (il a très certainement quelque chose du personnage principal, dans l’accent, le geste,… ce dernier insistait beaucoup sur la notion de souffrance, etc, il a vu la Lune écoute aux portes, en septembre dernier), puis un homme d’origine Belge, Henri Neumann, idem au passage au fond, un autre d’origine Polonaise, Simon Neumann, idem au passage de la mine. Puis, une femme, Janine Szekerowicz dont le père était mineur. Il est évident que Roger Lartige est une réelle source d’informations. Le plus discret est l’homme de souche Polonaise, ce dernier, visiblement, ne participera pas à la rencontre individuelle, il ne le souhaite pas. Les autres sont plus OK, nous fixerons prochainement les RDV. Pour réaliser celles-ci, j’envisage de passer deux jours sur le site. Il est convenu que le service culturel de Quiévrechain me mette en contact avec un mineur du Borinage en Belgique, visiblement, l’homme est très malade, voilà pourquoi, il n’était présent à cette réunion. Nous irons, si, il l’accepte, directement chez lui.

LE 15 FEVRIER, les retrouvailles !
50 ans après la chorale Italienne, Nino et Francesco se retrouvent à Auby, sans grand développement. Les deux hommes se sont tombés dans les bras.

DU 26 JANVIER AU 1er FEVRIER 2008, Voyage avec Nino à Bologne et Gaggio Montano
Paris, aéroport ; Roissy Charles de Gaulle, dans un avion, le commandant de bord annonce un décollage imminent.
A gauche une vue sur Paris s’offrira aux hublots, et, pour le moment, les amis des animaux peuvent contempler sur la droite de l’appareil des lapins.
Le temps passe vite dans les airs, des consignes à la sécurité, nous survolons Genève, les Alpes, puis la descente commence. Avec un chewing gum dans la bouche en compagnie de Nino, nous arrivons à l’aéroport de Bologne, l’Italie. Un grand hall abrite quelques tapis roulants, destinés à être porteurs des bagages. L’un d’entre eux va guider les nôtres jusqu’à l’endroit où nous nous sommes postés. Il y a des hommes, des femmes de France et d’Italie, dé l’Italia.
Italia, l’atmosphère est déjà très présente, transpire. Des lunettes de soleil sont postées sur quelques visages. Un homme d’entretien est à quelques mètres parmi tous ces voyageurs. Il a une tenue de fonction, d’un tissu rouge intense. Il est en action ralentie avec un ballet à la main, un chariot à ses côtés, portant toutes sortes de produits pour son activité. Il a une barbe de quelques jours. Une casquette retournée couvre des cheveux en bataille tirant aux gris et lui assurant un certain âge. L’homme siffle dans a petite labeur, il siffle d’être là, il siffle ce pays comme d’être vivant.
Pascal, frère de Nino, nous attend, nous accueille. Les deux hommes ont des regards dans la tendresse à leurs retrouvailles. Après quelques pas, nous sommes sorties de l’aéroport, et nous nous dirigeons vers la voiture. L’air est différent, les gens parlent fort, presque ils chantent, le ciel est bleu – l’Italie envahit, me saisie.
La voiture roule, je regarde, bois, inlassablement. Quelques minutes s’écoulent, nous arrivons chez les tantes, les zias, Gina, Emma, Anna qui nous attendent sur le pallié. Ma dio Stéfano ! L’une pleure, l’autre me serre dans ses bras, une troisième avait oublié avec le temps passé. 18 ans que je n’avais revu l’Italie. La table nous attend déjà, des plats arrivent aux apparences divines, fines, aux subtilités d’arômes propres à ce pays. Un vin rouge pétillant accompagne le tout.

Le matin du premier jour, dans un grand sourire, toute la famille prend la route de Gaggio Montana, le village de leur enfance. Durant la route Martino, me fait entendre un opéra Italien, il offre de savourer avec lui cette écoute. C’est un oncle – original – il a pour habitude de se rendre fréquemment dans un bar, s’installe sur un tabouret au comptoir et déguste une glace à l’eau, seul sous sa casquette. A notre arrivée au pied du village c’est une pause pour acheter le parmesan, médaillé d’or, Ma, il est fait avec le lait des vaches d’un voisin. L’ascension reprend aux rythmes de brefs saluts, ici et là. En haut, je prends le temps de poser la main au sol, comme un silence. Un restaurant est réservé pour nous accueillir à plus de trente cinq convives à table. Le passage de Nino rassemble, des cousins, cousines, une tante de 98 ans…etc Toutes et tous, viennent des montagnes de Gaggio et environnantes. Nino est ici un homme différent, libéré…Il est honoré avec des rimes. La poésie est très présente au quotidien et dans le langage. Nous mangeons, beaucoup, autant que les émotions coulent comme le vin, et vivent dans les yeux, les mains, les corps. Le message circule autour des deux longues tables, Nino est venu avec son petit fils di Francia, qui va le raconter dans un spectacle. On me demande à plusieurs reprises de revenir l’accompagner ici, on me parle vite, je comprends un peu, beaucoup, pas du tout, etc, je réponds des Si, des Si – Si, comme l’impératrice, Ma Si – Si. Les heures s’enchaînent, tout aussi rapidement, le ciel des montagnes change de couleur. Je filme, photographie, Nino montre et parle devant la maison de sa naissance, la mort de son père tué sous ses yeux par des Allemands en 1944, malgré les airs de la libération à l’époque. J’observe, écoute, entends et reçois. A quelque pas de là, je le croise, Alberto, sur le mur de l’église en travaux, une photo aux souvenirs des enfants morts pour Gaggio Montano.
Demain est en Vespa à Bologne, le vespa envahit la ville en Italie, il se stationne par centaine, Bologne est une ville d’une superbe beauté, une architecture diverse, ocre, massive. Des boutiques stylées annoncent les soldes. Des offices de charcuteries, légumes, pâtes ont les portes grandes ouvertes, quel délice à les regarder. Les églises y sont grandes, vastes, des fresques murales exposent des scènes de la renaissance Italienne.
Mia bella amica di Carpi vient nous offrir sa belle visite et nous honore de sa présence à table le soir. Je suis heureux de partager ce moment avec elle, et la conscience que notre génération rencontre des mêmes points d’orgues au Nord, comme au sud de l’Europe.
Il y a un fait, dés que quelqu’un vous sait Français, il dit : Ah Sarkozy ! et s’en suit La Bruni avec un R roulé – Oh Réalité ! – nous voici associer à ce dernier sur simple prétexte d’origine- Ma ! c’est un Mais. Le Ma est utilisé comme pour exprimer une absence de réponse, une action de couper court ou d’être surpris, ou de ne plus rien à dire, Ma !
Chacun des midis, chez, l’une ou l’autre tante, nous mangeons les pâtes en entrée, chacune différentes, al dente, et aux sauces et agréments qui envoûtent et vous chopent le palet. Et s’en suivent des spécialités à vous rendre fou ; des viandes, carpacio, gratins, etc. Malgré cette intensité gustative, il est évident que la cuisine est équilibrée, mesurée. Elle est comme une grande et belle peinture, un bouillon de couleurs et un mariage réussi.
Les soirs et Nuits débutent chez il zio Pascale, la Liliana et Andréa leurs fils de 31 ans ; il est trisomique. Nous regardons la TV, des jeux et émissions populaires qui se succèdent aux heures de grande audience. Andréa assis dans le canapé siffle, lui aussi. Je l’interpelle en sifflant. Alors on ne se parle plus, on se siffle, comme des oiseaux. Andréa me souligne qu’il est important de siffler dans son existence.
D’autres soirs sont chez la zia Gina et Martino, un appartement aux mille merveilles, des tableaux, des livres. L’art figuratif est très présent dans les foyers, ainsi que les représentations de la religion. Gina est d’une grande écoute, on s’écoute, se raconte, depuis 18 ans. On se regarde, au fond des yeux.
Les rapports hommes, femmes, semblent structurés, organisés, au travail, foyer, à la cuisine, dans l’éducation il y a comme des procédés réglés inter génération.
L’élégance est infiniment présente, dans la rue, les gens, la langue, les vêtements, l’architecture, les attentions. Le temps passe et je me remplis de ce pays, comme on déballe un cadeau quand on est gosse.

Déjà, le jour du départ, une valise pour nos vêtements, une seconde pour le jambon, la mortadelle, le parmesan. Pour dire au revoir, on dit Ciao mais la densité, lumière et beauté de ce pays, ne le fait pas dire une fois, mais deux trois, quatre, cinq fois, avec les main levée : Ciao, ciao, ciao, ciao, à bientôt Italia, je t’aime, dis leur.

NB : Une rencontre avec Adelfo à Gaggio Montano, responsable de la revue Gnete di Gaggio, (Les gens de Gaggio) annonce le suivi du travail de la création « Mineurs dell’arte ». Le partenariat de la commune sur ce dernier ainsi que le projet de re créer celui-ci chez eux, avec leur troupe de théâtre et le chœur d’hommes.

Panneau Gaggio Montano Maison Ropa Hommage à l'arrière grand-père

AUBY.A cette première rencontre, est présent Francesco Ennas qui a chanté avec Nino dans la chorale des Mineurs Italiens du Nord en 1958.

 Organisation avec les partenaires :

  1. Bernadette (responsable service culturel) rappelle le travail autour de la mémoire mené à Auby et la résidence de Stéphane en 2008, avant le Printemps culturel. Les écoliers seront associés, à travers un travail avec Stéphane, des visites du Centre minier de Lewarde, un système de parrainage des classes….
  2. Valérie Carlier (responsable de la section adulte de la bibliothèque d’Auby) cherche à raviver la mémoire des anciens mineurs (qui bougent moins que ceux du Pas de Calais).
  3. Karima (collaboratrice service culturel).
  4. Johann (Printemps culturel) : 15 communes du Valenciennois/porte du Hainaut.
  5. Sabine (chargée de programmation + collection iconographique et sonore du Centre historique minier de Lewarde).

Planning de Stéphane : rencontre avec les mineurs à la fin de l’hiver, première version du texte achevée pour fin mai. Répétitions dès Juin.

Représentation à Lewarde : impossible de bloquer la salle des Pendus pendant le temps de la création. On envisage plutôt une ou deux représentations pour 2009.

Création au théâtre du Colisée à Lens le Vendredi 5 décembre 2008, pour la Saint-Barbe, avec la chorale au complet. Représentation à Auby dans la foulée (Dimanche 7 décembre ville récupéré un hangar désaffecté, qui s’est avéré être une ancienne salle des Pendus. Peut être un lieu de représentation possible. La médiathèque est en travaux après l’incendie de 2005 (pendant une expo sur la mémoire de la mine). Tout le monde déconseille de jouer entre le 15/12 et le 15/01, « les gens ont la tête ailleurs… »

Autres participants de cette rencontre :

  1. la principale et le principal adjoint du collège d’Auby
  2. une enseignante en primaire, responsable pédagogique REP (Réseau d’éducation prioritaire), qui annoce le désir de l’inspecteur que les enfants conservent une trace de ce projet, représentation ou autre. On pourrait aussi faire venir les grands-parents à l’école, organiser une expo photos, rédiger des articles…,
  3. deux membres de la chorale polonaise « Enfance et tradition » (descendants de mineurs polonais, voir http://enfanceettradition.com), le chef de chœur est OK.

Les Mineurs présents :

  1. Francesco Ennas et sa femme : lui Italien, soliste dans la chorale de …Nino Ropa ! et son épouse française qui connaît toutes les chansons par cœur.
  2. Jacques Lesage, ancien mineur.
  3. Monsieur Lespagnol, représentant du comité de quartier des Asturies (où habitent de nombreux anciens mineurs),
  4. Deux veuves de mineur. L’une a tourné dans Mémoires de la mine de Jacques Renard. Elle évoque l’amitié entre les mineurs, l’absence de racisme, la nécessité de parler aux générations suivantes, qui se plaignent de la violence et de l’individualisme actuels : « Au fond d’la mine, on savait s’donner la main, on était fraternel. »

En conclusion, l’aventure semble intéresser tout le monde. Au boulot !

Pour la production du spectacle étaient présents Stéphane, Janine Marc Pezet, Renaud Personnaz, Anne Dartigues.

 
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