Rien
comme il faut
Faire venir au théâtre un public de « profs de gauche »,
lui proposer un spectacle sur le milieu ouvrier brassant les
thèmes de l’histoire industrielle, de l’immigration, des luttes
sociales, c’est possible à Paris, à Avignon (en juillet), dans
quelques Centres dramatiques nationaux…
L’autre public, « celui-qui-n’a-pas-l’habitude-ni-les-codes »,
préfèrerait les tournées défraîchies de boulevard poussif,
les comiques vus à la télé, les sosies de chanteurs de charme
morts. C’est du moins ce qu’on voudrait nous faire croire.
Depuis
plus d’un an, nous jouons, dans les salles de sport d’anciennes
cités minières, un spectacle où deux comédiens interprètent seuls
douze ou treize personnages, sans décor, sans accessoire, mais
en plusieurs langues. Une pièce sur la mine, la vie (et la mort)
au fond et dans les corons, la cruauté des rapports sociaux,
les violences faites aux étrangers, l’angoisse des femmes qui
attendent. Devant des ouvriers, des banlieusards – et de province,
encore ! –, des chômeurs. Nous racontons
leur histoire à d’anciens mineurs accompagnés de leurs épouses,
et chaque représentation apporte ses exclamations, ses commentaires,
« J’avais la même robe », « Je me rappelle la
grève en 48 »… Le public de Mineurs dell’arte bouge,
parle, réagit, se fait entendre comme il le faisait, dit-on,
du temps de Molière.
Nous avons la prétention de présenter un
spectacle très simple, très beau, très intelligent, au public
le plus difficile : celui qui ne va pas au spectacle. Et qu’il
en sorte ému, éveillé, fier et joyeux.
Nous ne faisons pas un théâtre convenable.
Anne Dartigues.
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