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"C’est le moment ou jamais de faire son théâtre soi-même !"
Bonne année 2010 !
C’est la saison des vœux : à chacun de choisir selon son inspiration, ses aspirations, on ne vous souhaite que le meilleur ! C’est aussi la saison des bilans : l’année 2009 a été bien remplie, sept représentations de Mineurs dell’arte, dans le Nord et le Pas-de-Calais, soit plus de 2 200 spectateurs. Bien sûr, les chiffres ne disent pas grand-chose du plaisir qu’on y prend, mais quand même, « deux mille deux cents »… On rêve d’aller jouer ailleurs, on vise les autres bassins miniers, les terres industrielles, les villes, et puis le voyage d’Italie… Pendant ce temps Buque à l’porte prend du galon, La lune écoute aux portes a enfanté Georges avant Brassens, la compagnie tisse des liens et s’élargit. On retricote, on rattrape des mailles, on improvise des points qui n’existent pas. Des projets, du boulot, de l’enthousiasme, des solutions à trouver, des bidules à inventer, l’année 2010, on l’attend de pied ferme ! Et pour étrennes cet extrait de Jacques Prévert :

Sans fards : chez les autres

En général, les spectacles parisiens, les pièces de théâtre, les revues où l’on présente des cocus larmoyants, des petites femmes et des maquereaux d’une distinction suprême, quand ce n’est pas le petit roi de Rome ou le brave général Boulanger, sont des spectacles faits « sur mesure » pour une clientèle d’idiots instruits, et c’est la moindre des choses que de ne pas y aller. […] Commençons par le Théâtre-Français. C’est un théâtre sérieux, on joue Hamlet. […] Mais […] écoutons plutôt l’acteur déclarer : « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark. » Et observons nos braves gens. Comme ils sont contents, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark, ils clignent des yeux, ils crient : Bravo ! C’est loin le Danemark. Ici c’est le Théâtre-Français, la France où rien n’est pourri, où tout marche à merveille, et comme c’est agréable d’entendre une très vieille histoire d’autrefois, d’échanger quelques propos sur Shakespeare, sur les romantiques, les classiques… […] Et l’homme qui sort du Théâtre-Français en allumant son cigare, s’il voit sur le trottoir un homme qui titube, il se demande en ricanant ce que cet homme a bien pu boire au lieu de se demander ce qu’il n’a pas mangé. Ceux qui font la queue aux soupes populaires, aux asiles de nuit, au bureau de placement, ne sont pas les mêmes que ceux qui font la queue aux théâtres où l’on joue Le Brave Général Boulanger, Cache ton cul, v’là le garde, Les Cent Jours de Mussolini et autres saloperies. Pour les hommes, pour les prolétaires, il n’y a pas de théâtre. Dès qu’on présente un ouvrier, un paysan sur une scène française, c’est pour le tourner en ridicule, ou pour le montrer d’abord révolté au premier acte, plus réfléchi au second, plus calme et trahissant sa cause au troisième.
Ce n’est pas le moment de se laisser endormir, il faut critiquer vite, dire non. […] Laissons-les avec leurs séniles petites tragédies, leurs effroyables gaudrioles.
La Bataille de la Marne, Papavert, La Fille de Roland, Le Lieutenant souriant et La Vache qui rit, ça suffit...
C’est le moment ou jamais de faire son théâtre soi-même.

Jacques Prévert. Texte paru dans Scène ouvrière, n° 1, février 1931.

Prenez le temps et le bonheur d’aller lire le texte dans son intégralité.
EUL THÉAT' IN N'IN FAIT QUE PARCHE QU'UN A QUÈRE CHA ET POUR PAS QU'IN NOUS FASSE QUIER ! "
Louis, euch grind deul fosse Caumartin d'brun